Ecologie politique : pour un mouvement durable !
Je n’étais pas à proprement parler un écologiste, bien loin des Verts même s’il m’arriva parfois de leur donner ma voix lors d’élections locales. Mes préoccupations, mes activités portaient et portent encore largement sur les inégalités, la pauvreté, la précarité, l’action sociale…Mais j’ai rejoins Europe Ecologie dès les européennes sans longtemps hésiter !
En effet, Europe Ecologie a profondément modifié l’approche écologiste. Jusque là, quelle que soit la pertinence de ses analyses, l’écologie politique peinait à s’imposer au-delà de son champ originel qui fondait sa spécificité et sa légitimité.
Or, Europe Ecologie sanctionne une transformation radicale par laquelle l’écologie politique, sans rien abandonner de ses fondamentaux, apparait crédible et légitime comme pouvant apporter des réponses globales à une crise tout autant écologique qu’économique et sociale. Cette dynamique a rapproché de l’écologie politique des acteurs, dont les histoires étaient marquées par d’autres approches : justice ; pédagogie et formation ; alter mondialisme ; social ; syndicalisme….Au delà des bons scores électoraux là est sans doute l’essentiel.
Certes cette transformation se réalise dans un contexte de crise tout à la fois systémique, structurelle et mondiale qui crédibilise des perspectives nouvelles. Mais cela a été aussi le fruit d’une rencontre entre des personnalités, qui depuis sont devenues, pour la plupart des élu(e)s, des forces politiques, et au premier rang le parti des Verts, des mouvements associatifs et/ou non gouvernementaux, des citoyens, électeurs pour la majorité mais actifs et désirant s’engager pour une partie significative d’entre eux. Prise isolément, aucune de ces composantes n’auraient pu conduire à un tel résultat.
Reste que cela est encore fragile. Ma conviction est que pour inscrire Europe Ecologie dans la durée il faut constituer un mouvement unifié prolongeant et pérennisant ces rencontres qui en ont fait le marqueur et l’une des conditions de succès. En effet, seule la coopération entre des acteurs situés sur un même plan peut offrir un cadre de réflexions, de débats et d’action permettant de forger un projet commun, sanctionnant une approche globale et permettant un positionnement sur l’ensemble des questions posées aux citoyens.
Ce mouvement unifié il faut donc le construire. L’ambition de ce texte est de soumettre au débat quelques repères.
Tout d’abord méfions nous des modèles, qu’il s’agisse de décalquer quelque chose d’existant ou d’en construire un de façon théorique pour ensuite chercher à y faire « entrer » la réalité.
Regardons, comment Europe Ecologie s’est développée. Au départ, la mise en place qu’il s’agisse de l’échéance européenne ou des régionales s’est faite à travers une logique descendante appuyée essentiellement sur le parti des Verts. Cette dynamique était indispensable et s’est avérée un facteur clef de succès. Cette approche perdure encore au moins en partie. L’on pourrait dire, à juste raison, que ce processus est peu démocratique. Mais pouvait-on faire autrement ? Sans doute pas. Ce processus révèle une démarche pragmatique et empirique, essayant de faire le pont entre une réalité et de objectifs.
Nul ne songerait à parler de modèle pour décrire ce processus. De même ne nous focalisons pas sur le rejet d’une forme dite « traditionnelle » de parti, déterminons nous au regard de nos objectifs et des besoins organisationnels qu’ils requièrent.
Si le mode de construction « par le haut » d’Europe Ecologie était nécessaire et utile, il n’est pas durable, tout au moins si nous l’examinons à l’aune des ambitions affichées et notamment celle de s’inscrire de façon pérenne comme une force politique (la troisième ? la deuxième… ?) capable non seulement d’alerter, de témoigner mais de peser sur les décisions à tous les niveaux.
Pour cela, il convient de rester pragmatique et empirique, de chercher le meilleur compromis possible entre des réalités complexes et multiples, des objectifs et des principes qui permettent de donner du sens à l’ensemble.
L’objectif devrait être un mouvement unifié permettant un cadre où s’organisent tout à la fois, la réflexion, le débat, la décision et l’action. L’unité de ces quatre temps est un facteur clef de succès et sans doute le meilleur moyen de parvenir à un fonctionnement que l’on pourra qualifier de démocratique.
En effet, les tentations de dissocier, notamment action et réflexion, à travers la création de laboratoires d’idées de toute sorte parait peu efficace. Leurs créations, au sein d’autres familles politiques traduisent souvent leur incapacité à développer des réflexions en leur sein, quand ce n’est pas des formes d’écuries présidentielles. Cela risquerait de séparer ceux qui pensent de ceux qui agissent. De même des formes d’organisation cherchant à structurer différemment les différents types d’acteurs qui ont contribué au succès d’Europe Ecologie risqueraient de figer un moment politique particulier et conduiraient sans doute à quelque chose d’aussi lourd qu’inefficace. C’est sans doute le découragement des citoyens venus au mouvement qui en serait le premier signe. Enfin toute forme d’organisation trop complexe, trop sophistiquée porterait en germe le risque de la confiscation de la décision par un cercle restreint.
Cette voie n’est sûrement pas facile. Cette construction nécessite de respecter les particularités pour, progressivement, construire une nouvelle identité (ou plutôt un ensemble d’identités congruentes autour d’un projet partagé), ce qui requière du temps.
Dès lors, l’on perçoit bien les enjeux de la formalisation du mouvement. Ce qui a fonctionné pour les européennes et les régionales n’est pas reproductible à l’envi. Certes, les questions d’organisation ne suffisent pas. Cette construction doit tenir compte aussi des échéances sociales, économiques ou politiques. Les rendez vous électoraux, et particulièrement ceux de 2012, nécessitent aussi une réflexion et une élaboration programmatique plus affûtée, plus affirmée, plus construite. Ce travail est d’autant plus nécessaire que les histoires, les trajectoires, les sensibilités constituant Europe Ecologie sont multiples et que cela nécessite une véritable reformulation de l’écologie politique.
Mais, encore une fois, pour être efficace (au-delà même du principe démocratique), ce travail ne peut se faire que collectivement, dans un cadre où toutes les sensibilités, toutes les trajectoires se rencontrent, se confrontent, réfléchissent, décident, agissent ensemble. Cette exigence s’accorderait mal d’un mécano à plusieurs niveaux de regroupements qui très vite générerait des conflits de pouvoirs. D’où la nécessité de s’engager assez vite vers des formes d’organisation qui commence à traduire notre volonté de pérennisation, de démocratie et d’efficacité dans les faits..
Pour cela, nous pouvons partir du groupe local qui devrait en être la base. Le processus de décision, le positionnement, la mis en œuvre d’actions s’appuieraient sur ce réseau, fonctionnant à la fois sur un principe démocratique simple (une personne = une voix) et sur celui de subsidiarité (les décisions locales doivent être prises au niveau local, celles relevant d’une région à ce niveau là, etc.…). Dans ce cadre le niveau régional représente le pivot entre le local et le national. C’est à ce niveau que les projets de groupes locaux devraient être validés.
Sans doute faudra t-il des étapes intermédiaires notamment pour la structuration nationale. Il y a des questions sensibles, comme celle de la place et du devenir des Verts, qui ne peuvent être réglées du jour au lendemain et qui implique là aussi beaucoup de pragmatisme. Elles conduiront à accepter des étapes et donc des insatisfactions qui ne pourront être atténuées que si les objectifs sont clairement exprimés, et qu’un large accord puisse se réaliser autour de choix clairement énoncés, à court, moyen et long terme.
Le 31 mai 2010
Pierre Savignat (38)
pierre.savignat@laposte.net





