Ile de France – Convention Europe Écologie du 8 mai à Arcueil
Après une première version de la retranscription de la première plénière, nous vous proposons ici la synthèse des 3 débats qui se sont tenus à Arcueil le 8 mai.
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1 – Plénière
Quelles sont les valeurs qui nous rassemblent ?
Animée par Pascal Durand
Eva Joly
La responsabilité comme éthique politique.
Une des valeurs importantes à souligner dans le mouvement de l’écologie politique est la responsabilité. Dans une société marquée par l’injustice, notamment celui du monde financier, cette notion est essentielle comme éthique de nos actes.
La crise marque d’autant plus crûment cette injustice, au travers de ce que l’on impose à la Grèce, à l’Islande, avec des plans de restructuration révoltants sans prendre en considération les citoyens. Ce ne sont pas les citoyens qui sont responsables de cette crise.
L’espoir de construire ensemble une alternative politique tient dans la croyance en l’existence d’un bien commun. On ne crée pas de la richesse pour quelques-uns mais bien de la richesse pour tous. C’est aussi notre responsabilité.
C’est une question essentielle et urgente. Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera. Aujourd’hui ce qui se passe en Grèce, en Islande, ne s’arrêtera pas là. Quand on voit l’endettement de l’Espagne, de l’Angleterre, de l’Italie, de la France, le processus va perdurer. Or, face à cela, il n’y a pas de réponse politique en France, ni du côté de l’UMP, ni du côté du PS.
Notre responsabilité politique, c’est la transformation de notre système, notamment financier, et d’être crédible sur tous les sujets et que toutes les questions importantes : finances, sécurité, redressement de la Grèce.
Dany Cohn-Bendit
3 valeurs fondamentales : l’éthique, l’autonomie politique et l’utopie.
L’écologie politique est la réponse aux crises que nous traversons et que ne peuvent donner les autres modèles politiques (le socialisme, la droite).
Une de nos valeurs politiques est l’Autonomie. L’Écologie Politique a émergé en tant que critique des deux autres systèmes (socialisme et capitalisme).
L’éthique pour redonner enfin une dimension éthique à la politique. C’est faire de la politique autrement avec un certain réalisme et une colonne vertébrale éthique. En rupture avec les systèmes politiques actuels. L’écologie politique, nous avons une histoire qui nous oblige à faire l’inventaire de notre histoire, pour simplement la comprendre. Un des enjeux des prochains mois est de discuter entre nous de notre présupposé éthique, être à la hauteur dans nos pratiques politiques. C’est la condition pour être en rupture avec un système et formuler une alternative.
L’utopie, une idée qui doit continuer à exister. L’utopie réaliste, pas simplement abstraite, d’une société plus douce. Nous voulons quelque chose qui nous permette de sortir de la réalité, mais pas une construction fermée « hors-sol », pas la secte néolibérale (avec l’utopie du marché qui est hors-sol, les marchés sont « hors sol »), pas le communisme qui fut une construction abstraite et une réalité violente. Nous devons partir de la réalité, c’est notre responsabilité, et vivre et formuler un désir d’utopie. C’est le désir qui nous fait avancer, qui permet de survivre. Notre différence se fera sur la capacité d’auto critique, quelque chose à défendre, mais en étant conscient que l’on part d’une certaine réalité.
Deux principes pour construire l’avenir d’EE : le parler vrai et la transparence.
Le parler vrai et la transparence. Les logiques de regroupement, qui définissent la vérité du mensonge, sont éculées. On sait bien que ce ne n’est pas vrai. Nous sommes en train de construire Europe écologie. Oui il y a des différences. Et personne ne maîtrise tout car, oui, il y a une dynamique qu’on ne maîtrise plus.
Europe écologie est un désir, une utopie ancrée dans la réalité. C’est une projection de ce dont a rêvé pendant des années. Notre problème est de faire de ces projections multiples, un projet collectif qui fonctionne. Une base pour que cela fonctionne est d’instaurer le parler vrai, en définissant des étapes réalistes et crédibles pas pour les 15 ans à venir, mais pour gérer 2011, 2012.Puis on se reposera la question pour continuer à transformer Europe écologie pour les années qui viennent. C’est notre devoir collectif.
L’enjeu : la constitution d’une force autonome pour les deux prochaines années.
Il existe une angoisse de certains verts que ceux du « canal historique » d’Europe écologie créent une autre structure type Génération écologie, tout le monde connaît cette histoire, ce n’est pas ce que nous voulons faire. Ce n’est pas notre histoire, et ce fut un échec.Nous devons parvenir collectivement (verts, non-verts, divers, ouverts…) à cette création collective.
C’est de la gestion de notre autonomie dont il s’agit, Castoriadis en écrit 2000 pages de théorie (Carrefours du labyrinthe), mais aussi Guattari (Utopie et désir), Deleuze, Morin. Nous avons tous des racines politiques, des penseurs de notre culture de l’écologie politique auxquels nous nous référons, qui ont explicité les fondamentaux des forces politiques autonomes et esquisser une définition de la complexité.
La question maintenant est de savoir si, dans cette phase jusqu’à 2012, Europe écologie est possible ou non ?
De la complexité à constituer une organisation démocratique sans sclérose.
Notre pari au départ naissait d’une aspiration démocratique. Alors qu’au départ, à la naissance d’Europe écologie, nous n’étions pas dans un processus démocratique, exactement comme ce fut le cas pour la création de l’Union Européenne. Le BE, le CAP (national ou régional), ce ne sont pas des institutions démocratiques. Mais l’important est de savoir qu’on se situe dans un processus.
Fin 2010, nous aurons une structure commune avec des règles de fonctionnement. Mais attention dès le départ, à la dynamique de sclérose inhérente à la création d’une organisation.
Nous devons en être conscient.
Nous devrons aussi savoir accueillir des personnes auto proclamées, s’ouvrir à d’autres personnalités, élargissement.
Pour cela, à côté des formes de démocratie que nous retiendrons, il faudra une structure de « sages » (extérieure) qui remettent en question et garantissent l’ouverture permanente d’Europe écologie.
Et c’est d’autant plus important que toute une série de questions se posent à nous : Comment décider collectivement des candidats pour les 80 ou 100 députés ? Avec quelle légitimité ? Quelles seront les autres personnalités qui nous rejoindront ? Comment les accueillir ?Comment gérer le passage par les fourches caudines de notre future organisation ?
Cécile Duflot
Faire le lien entre les deux sujets : valeurs et structuration. Le débat sur les valeurs est essentiel. Et pour moi l’engagement politique est lié à la question des valeurs.
L’engagement politique dans un parti, c’est de croire que l’on peut en tant qu’être humain agir sur le fonctionnement de nos sociétés, qu’on ne subit pas l’ordre établi qu’il sot naturel ou le fait de quelques uns.
L’écologie politique : une utopie modeste basée sur des valeurs fondamentales
Une question générationnelle : les utopies se sont fracassées pour nous qui nous sommes nés dans les années 1975. D’autres ont vécu de vraies utopies. Nous devons penser en parallèle utopie et modestie. Ce qui distingue l’écologie c’est qu’elle n’a pas pour vocation à proposer un modèle, elle ouvre une nouvelle voie (Morin) et permet de penser la complexité. Nous devons reconnaître qu’on peut imaginer, proposer des modèles différents.
L’utopie néolibérale est très idéologique. L’écologie politique résiste à l’analyse. C’est une résistance au productivisme, à la logique de la croissance.
Les Verts d’aujourd’hui ne sont pas ceux de 1984. L’appareil doit être capable de se dessaisir de ses prérogatives. C’est aussi cela, être écologique.
À cela s’ajoute un héritage libertaire, la défense des libertés publiques. Un travail considérable à faire alors que l’on croise dans notre action des maires aux pratiques douteuses.
La défense du féminisme et de l’égalité des droits. Le ministre, avec lequel on vient d’avoir un échange sur les retraites, semble considérer comme normales, les inégalités les plus criantes. Nous refusons la loi du plus fort.
Notre logique est celle du partage et de la sobriété. Nous ne sommes pas là pour rendre les gens heureux, nous devons créer les conditions, donner à chacun les possibilités de sa propre émancipation, de ses propres choix. C’est cela, le sens du bien commun.
De la nécessité de lier organisation et projet.
Pour mettre en œuvre cela, il est nécessaire de faire le lien entre projet et organisation. Il n’y a pas de modèle unique avec l’organisation qui va prendre le pouvoir pour mettre en place ce modèle. Nous devons approcher la complexité avec subtilité et modestie. Trouver la « meilleure voie » pour citer Edgar Morin.
Discussions
Eva Joly
La radicalité s’inscrit aussi dans une forme d’efficacité.
Nous sommes des « insiders ». Nous devons être imbattables en matière de régulation financière. Nous devons être radical et efficace et travailler à la compréhension des mécanismes, pour en améliorer les fonctionnements. C’est la condition pour porter nos valeurs et ne pas accepter les injustices. Pour cela, nous n’avons pas d’autres choix que d’agir en utilisant les mêmes moyens qu’eux. Nous n’avons pas le choix, quand le président dit que « l’écologie, ça commence à bien faire ». Nous ne pouvons pas accepter le renoncement aux promesses, nos devons imposer nos objectifs.
Une crise alimentaire s’annonce avec une pression terrible sur les prix des matières premières.
Il y a une tentation de repli. Nous devons lutter pour la justice entre le Nord et le Sud et dans notre pays.
L’exemple de la crise en Islande et du volcan qui a paralysé le trafic aérien pendant plusieurs, c’est l’image de la solidarité inversée.
Enfin, le rapport de plusieurs milliers de pages qui a été rédigé dans le cadre de l’enquête menée sur la crise financière, les Islandais le lisent partout, ils se l’approprient. Nous devons réfléchir à comment rendre la démocratie vivante, rendre le bien commun. C’est une utopie possible. Nous le ferons.
Dany Cohn-Bendit
L’exemple de la crise en Grèce.
Sur la Grèce, Pascal Canfin et le Groupe verts au Parlement ont travaillé sur les réformes nécessaires au niveau de l’Europe. Le FMI doit travailler avec le BIT, pour venir en aide aux salariés. Pourquoi pas la Direction Générale des Finances et de l’Emploi ? Il faut laisser du temps aux Grecs. Remettre en cause la politique et les dépenses d’armement mais aussi le poids de l’église Orthodoxe, 95 % des Popes sont fonctionnaires. Le plus grand propriétaire foncier de la Grèce, c’est l’église !
Cécile Duflot
L’organisation comme outil de transformation
Pourquoi un appareil politique ? Pour se donner les moyens d’agir politiquement. Mais il nous faut être attentif à ne pas devenir un outil d’organisation. Il y a une nécessité de se régénérer dans un système très conservateur. C’est toujours à réinventer : l’organisation est avant tout un moyen d’aboutir et de changer les choses. Remettons l’ouvrage sur le métier, notamment sur la question du processus de désignation. Nous devons savoir être accueillant, y compris pour des gens qui ne se sont jamais engagés. C’est avoir envie, d’une utopie, d’un projet.
2 – table ronde
Projet et organisation, le champ des possibles?
Animée par André Gattolin
André Gatolin
Rappel des enjeux électoraux.
4 millions de personnes ont voté au moins une fois pour Europe écologie en un an. Soit 15 % du corps électoral. Nous sommes confrontés à des enjeux électoraux et à des enjeux de fond.
Julien Frétel
3 points à développer :
1 – Ce que vous voulez construire et dans quel contexte
2 – Les dilemmes auxquels vous êtes confrontés.
3 – Le fait d’accepter ou pas de s’organiser en parti politique.
1 – Les maux des partis politiques et de l’engagement
La raréfaction des milieux populaires dans les partis politiques. Certaines organisations se sont coupé de leurs réseaux (exemple du PS et des réseaux catholiques ou laïques).
On ne voit pas venir les nouveaux réseaux. Il y a une cartellisation des partis politiques. Ils deviennent des agences semi-publiques qui n’ont presque pas besoin de militants, avec des budgets alloués par l’Etat. À cela s’ajoutent le nombre de fonctionnaires territoriaux, les élus, les personnels : c’est un système qui vit en vase clos.
2 – Les questions essentielles : efficacité, démocratie, engagement et pouvoir.
Il semble exister une contradiction entre efficacité et démocratie. Comment durer dans le temps ? Comment assurer la diversification des adhérents ? Il y a une crainte d’être enrégimenté, une certaine méfiance. Quel est le périmètre de l’organisation ? doit-on être organisé ou pas, dans un contexte où on ne veut pas se couper de la société civile.
Le système de poly-adhérents est souhaitable. Il permet d’avoir les pieds dans la société.
Mais quel équilibre entre étanchéité et porosité ?
Autre question : celle du pouvoir. Celle de la légitimité, de l’ambition. Cette question n’est pas assez posée. C’est un dilemme avec l’ouverture. on manque d’une sorte « cursus honorum » plus ouvert à la diversité des expériences et des parcours
3 – Ambigüité de l’engagement et tentation du virtualisme
Historiquement, le rôle des partis politiques, depuis le 19 ° et le 20 ° siècles, a été majeur dans la socialisation, la formation, le développement de compétences pour les plus faibles. Mais c’est aussi un risque d’aliénation (Bourdieu), et ce quelle que soit la forme : administration, structure, réseau, pérenne ou pas.
Les responsables politiques ont déserté les appareils. Mieux contrôler les appareils, c’est la loi d’Airain de l’oligarchie. Éviter d’être pris dans une illusion « virtualiste » (politique sur Internet, sur Facebook). Internet ne résout pas la question de l’adhésion ni de la socialisation.
Stéphane Gatignon
Remettre la politique au cœur du processus.
Aujourd’hui les élus ne font plus de politique. On vit une situation de rupture complète.
Un ancien monde qui s’est écroulé. Avec toutes ses valeurs et ses repères. Une révolution de société. On est dans un tunnel dont on ne voit pas la sortie. Nous sommes au bord de l’explosion. Pour moi, Europe écologie c’est le « dernier coup dans le fusil » pour faire face à un système autoritaire de plus en plus violent.
Nous devons construire autre chose. La victoire ne pourra être que Politique. Quel est le projet ? Quel débat ? Quelle analyse de la société ? C’est à la fois le lieu du Débat et l‘Organisation du débat. (Staline a abandonné la Politique pour l’organisation…)
Un débat des articles, des positions, des visions de la société. C’est avoir une réelle dimension politique et pas seulement organisationnelle. Par exemple, il y a la vision de Dany sur la Grèce, sur la Turquie, nous devons aussi nous exprimer sur les sujets. Il manque des déclarations d’Europe écologie sur les enjeux actuels.
Comment organiser le débat ? Offrir le cadre du débat ?
Pour cela, il faut ouvrir les portes et les fenêtres. Si on est capable d’offrir cette perspective au pays, on va gagner. Sinon on va tout droit à l’échec.
Francine Bavay
Deux propositions pour continuer la dynamique.
Une autre idée de l’adhésion
1 – Adhérer pour agir sur des projets concrets de transformation de la société : batailles, création, emploi, coopératives d’utilité sociétale ou environnementale.
2 – Poser la question de la représentation. La capacité de chacun à représenter tous les autres.
Avec une modalité originale qui pourrait se traduire par tirage au sort. Mener un débat avec les corps constitués, interpeller les institutions.
3- Conférence de consensus. État des lieux, réflexion sur les partis politiques. Demander aux citoyens ce qu’ils veulent. Proposer ce débat pour tous ceux qui ont besoin de politique.
Jean Vincent Placé
L’ambiguïté écologiste.
Relations avec le pouvoir. Nous parlons, nous développons, mais pour l’instant, nous ne sommes pas au Pouvoir. C’est une des difficultés de l’exercice.
Une de nos contradictions (aux écolos) : nous sommes dirigistes sur les normes (environnement, pollution, économique, social) sur les dispositions législatives. Et nous sommes individualistes, libéraux (au sens historique du terme) sur la société.
Cela fait une contradiction qui compromet la conquête et l’exercice du pouvoir : Manque d’une culture de la responsabilité. On dit « il faudrait» mais quand il faut décider, c’est plus difficile. Exemple : Les ressources pour le futur Pass Navigo en IDF : quelles ressources ? faut-il de nouveaux impôts ? La seule solution est d’augmenter le tarif usager. Cette tension du dirigiste et du libertaire, nous allons la retrouver comme difficulté dans futur parti.
Les points essentiels pour la suite : expertise, ouverture, responsabilités individuelles et respect des principes de fond.
On voudrait nous faire croire qu’il y a un appareil de Verts qui commande et qui résiste au changement mais ce n’est pas ça la réalité. Il faut aller dans et vers l’unité, répondre à l’attente des militants de la société, examiner ce qui a coûté dans le passé.
Nécessité d’une bonne expertise pour définir le projet écologiste et se positionner, par exemples sur les retraites et la fiscalité.
Fonctionnement du parti : important de la responsabilité individuelle et des principes de fond que constitue par exemple le couple régionalisme / fédéralisme, qu’il s’agit de ne pas les abandonner.
Les points essentiels : ouverture, renouvellement, rajeunissement. Avec projet amélioré, plus fort, plus crédible. Parler à l’extérieur. Réfléchir aux modes de désignation.
Sur l’ambition du pouvoir, citation de Jacques Delors, qui définissait avec humour mais réalisme les conditions de l’exercice du pouvoir : 1/ penser qu’on est meilleur que les autres pour s’occuper de leurs affaires 2/ savoir sourire des critiques qui sont adressées 3/ continuer toujours
Alix Béranger
De la nécessité de créer des liens.
Je viens de la société « civile ». j’ai fait de la politique en dehors des partis. Nous sommes des minorités. Souhait de poursuivre l’aventure EE au-delà des deux campagnes. 18 autres régions se réunissent en conventions, d’autres le feront dans es prochains jours. Nous devons créer des liens, notre rôle est la facilitation.
Appel à bénévolat et engagement.
Il n’y a que 2 salariés à Europe écologie, on s’appuie sur les autres forces militantes. Il y a une centaine de comités locaux qui fonctionnent. Plusieurs ont travaillé en amont du 8 mai.
Qu’est ce qu’on en fait ? Quelle valorisation, quelle mise en commun ? Comment être tenus au courant des productions, écrits, vidéos, milieux activistes ? Aujourd’hui après 9 jours : plus de 4000 adhésions. Il faut du monde pour aider l’équipe.
3 – débat
Emploi, retraites, Grèce : quelles positions pour Europe Ecologie ?
Animation : Pascal CANFIN, Pierre LAROUTURROU
Grèce et dette publique (Pascal CANFIN, député européen)
Questions de la salle :
Où est passé l’argent ? quel est le danger pour l’euro tenant à la situation de la Grèce ? quelles sont les incidences des notations des Etats ? quelles sont les possibilités d’action du Parlement Européen ?
Les spécificités de la Grèce
L’arrivée de la Grèce dans l’Euro a été le fruit d’une décision politique, même s’il y avait des écarts importants entre la Grèce et les aux autres pays de la zone euro à cette époque déjà. La France a notamment soutenu ce choix. Pourtant, a posteriori, la question se pose de savoir si c’était une bonne chose. En effet, lorsqu’il y a des écarts de compétitivité entre des pays, les ajustements se font par les monnaies, mais avec l’euro, ce n’était pas possible. Et aucun autre mécanisme n’est venu remédier aux écarts croissants entre l’Allemagne et la Grèce au fil des ans. Si l’Allemagne faisait de tels excédents commerciaux, c’est bien qu’ailleurs il y avait des déficits. Mais la question de la compétitivité relative n’a jamais été posée au niveau européen du fait de l’absence de gouvernance économique. La récente lettre cosignée par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy semble montrer qu’il y a une prise de conscience de l’impossibilité de continuer avec des écarts de compétitivité qui augmentent au sein de la zone euro.
à Le groupe vert au PE plaide en faveur de la mise en commun de plus d’outils de politique économique.
Les autres pays : Espagne, Portugal : quels risques ?
Le niveau d’endettement et de déficit n’est pas le même et les écarts de compétitivité sont plus faibles. La situation n’est donc pas la même.
Des propositions pour agir :
- - Créer des obligations européennes de la dette (gérées par une Agence Européenne de la dette) et une Agence européenne du Trésor. Aujourd’hui, chaque Etat finance sa dette sur les marchés : l’Europe pourrait s’endetter en tant que telle, ce qui permettrait d’avoir des taux plus bas car la dette serait garantie par tous les Etats.
- - Donner la possibilité aux Etats d’emprunter auprès de la BCE. Ce n’est pas conforme aux traités mais ceci ne constitue pas un obstacle insurmontable car d’autres choses non conformes aux traités sont faites. Mais si la BCE prête, il faudrait que ce soit utile et serve à financer les investissements de demain (éviter de faire la même chose qu’avec les banques l’an dernier, qui ont fait n’importe quoi avec l’argent). Les prêts pourraient passer par la BEI dont c’est le métier. Cependant, il faut avoir conscience que si la BCE prête, elle aura un droit de regard sur les Etats supérieurs…ce qui n’est pas forcément souhaitable à l’heure actuelle…La question n’est donc pas si simple.
- - Réduire le déficit public. Les catégories les plus riches ont été favorisées au cours des 20 dernières années (notamment captation des richesses au profit du secteur financier) : il faut casser la rente financière pour retrouver des marges de manœuvre.
- Le PE a un pouvoir de codécision sur les questions liées à la spéculation. C’est la Commission des Affaires Economiques et Monétaires qui s’en occupe (dont fait partie Pascal CANFIN). Afin de peser face aux Etats, le PE a fait le choix d’être le plus uni possible. 4 groupes cherchent des positions de compromis (PPE, libéraux, PSE, Verts). En effet, s’il n’y a pas de position commune PE + Etats, il ne se passera rien. Au cours des 15 derniers jours, la situation économique a fait changer de braquet les discussions : il y a une volonté forte de réguler les fonds spéculatifs.
- Questions/interventions de la salle
- Joël Chesnais
- Empreinte écologique de l’Europe très élevée : Nécessité de recoupler la quantité de monnaie et les bio capacités de la planète. Quelles sont les propositions des écologistes sur le sujet ?
- Nécessité de bien distinguer les temps (moyen terme, long terme)
- Les politiques de rigueur peuvent être profondément inégalitaires : nécessité de vigilance forte.
- Réponse et conclusion de Pascal CANFIN
- Il est possible de réduire le déficit public en menant des politiques « progressistes » et non « régressives » en matière d’inégalité.
- Si la BCE prête de l’argent et si on conditionne les prêts à des investissements écologistes, on peut avoir un double cercle vertueux. Il est nécessaire de mettre en œuvre des mesures politiques pour aller vers la vertu à long terme, mais cela ne peut être que pas à pas.
- La question des conditions de la prospérité de demain doit être posée. Natixis elle même dit que le coût du pétrole à 150 ou 200 $ le baril va ponctionner 3% du PIB, ce qui signifie que le PIB va décroître (car une croissance de plus de 3% est difficilement envisageable). Les questions se posant sur les retraites rejoignent aussi ce point de la prospérité de demain.
- Passer d’une culture du contre pouvoir à une culture du pouvoir obliger à affronter ces problèmes et à avoir un débat de fond.
- Pierre LARROUTURROU – Etats généraux de l’emploi.
- En février, lors du colloque avec Stieglitz, tout le monde pensait la crise finie et nous nous disions qu’il fallait être vigilants…En effet…
- Le début de la crise remonte à Février 2007, avec les pertes de 10 milliards de la HSBC. A partir du moment où les diagnostics portés sur la crise étaient mauvais, il était difficile de trouver des solutions adaptées.
- Les 3 priorités :
- dire la vérité
- faire le bon diagnostic
- agir vite (priorité à l’emploi et à la justice sociale)
+ 980 000 chômeurs en 1 an. Le stock augmente moins car les sorties sont en hausse mais seulement 19% des sorties sont dues à une reprise d’emploi.
Il y a un risque global de « collapse ». La France est fatiguée psychiquement (société inflammable).
Rôle fondamental à jouer face à la situation.
Les Etats Unis et la Chine sont des bombes à retardement. La Chine a besoin d’argent et vend ses bons du trésor américains.
Il ne faut pas penser que la sortie de la crise viendra d’une reprise de la croissance. Il faut plutôt se préparer à une reprise à la japonaise (1% de croissance par an – et pourtant le Japon est le pays qui investit le plus dans la recherche).
Les EU se sont endettés à partir de l’arrivée des libéraux en 81 et depuis, de manière constante.
L’argent est allé de plus en plus vers les marchés financiers. Par exemple, le poids des salaires dans la valeur ajoutée est passée de 67% en 1980 à 57% aujourd’hui au niveau de l’OCDE.
La crise n’est pas seulement financière mais elle est aussi écologique et sociale. Stieglitz : la crise est culturelle (Le triomphe de la cupidité). La priorité est de rétablir la justice sociale.
Le sommet de Philadelphie, en 1944, avant les accords de Bretton Woods, portait sur la justice sociale. Avant de parler de questions monétaires, Roosevelt avait compris qu’il fallait parler d’emploi. La liberté des échanges ne peut fonctionner sans justice sociale.
En France, le PS comme l’UMP disent qu’il faut relancer la croissance pour se sortir de la crise. Leur désaccord porte sur le comment. Pourtant, ce n’est pas la solution. Il faut construire un pacte écologique et social. Il doit notamment prévoir la réduction du temps de travail grâce aux gains de productivité (le dogme plus de croissance = plus d’emplois ne marche pas).
Il est nécessaire de desserrer les taux : pourquoi les banques empruntent-elles à 1% et les Etats à 6% ? Les banques font des bénéfices colossaux. Les Etats devraient pouvoir se financer par des circuits courts.
Il faut également stopper l’hémorragie d’emplois. Si l’on compare la France et l’Allemagne, les pertes d’emplois en Allemagne sont plus faibles alors que la récession y est plus forte…c’est dû au Kurzarbeit en Allemagne (réduction du temps de travail) (-5% contre -2,3% en France ; + 220 000 sans emplois en Allemagne, + 800 000 en France sur une même période).
Il est également nécessaire de sécuriser le chômage, comme au Danemark (90% du salaire pendant 4 ans).
Des normes écologiques et sociales doivent être introduites dans le commerce mondial par l’Europe. Ex de la Chine : hausse des salaires jusqu’à son entrée dans l’OMC puis dumping social.
Il y a des potentiels de développement de nouvelles activités :
- urgence climatique (mise en œuvre du rapport Stern, 300 000 emplois)
- réponse à la crise du logement (investir le fond de réserves des retraites = cagnotte pour 2020 – dans le logement) (200 000 emplois)
- accélérer la transformation écologique de l’économie
- service public de la petite enfance et du 4ème âge
EE est la seule force politique qui parle de réduction du temps de travail. Le chômage ne vient pas de notre compétitivité, la production industrielle a globalement augmenté en France : « la mondialisation n’est pas coupable ». Il faut décider ce qu’on fait des gains de productivité.
C’est à EE de jouer : montrer qu’on peut diviser par 2 les gaz à effet de serre et faire baisse le chômage en même temps, les 2 ne s’opposant pas.
Les Etats généraux de l’emploi et de l’écologie permettront de mener ces débats.
Cf. le site internet : www.EtatsGenerauxEmploiEcologie.net
2 correspondants régionaux vont suivre le travail pendant les 6 mois à venir.
Compte-rendu de l’atelier « Nos modes d’engagement : les différentes formes de militantisme et d’action au sein d’Europe-Écologie »
Natalie Gandais-Riollet
Près de 120 personnes ont participé à cet atelier, réparties en 5 tables rondes avec animateur-rice-s et rapporteur-e-s : Rodrigo Arenas, Karima Delli, Nathalie Laville, Ali Meziane, Barbara Feledziak, Suzanne Grandpeix, Louis Jouve, Julien Bayou, Juliette Grange, Thomas Tully.
Etaient présents de nombreux militants associatifs (Brigade des clowns, Jeudi Noir, Don Quichotte, Greenpeace, écologie, féminisme, solidarité internationale, accueil des sans-papiers, parents d’élève, ATTAC, alphabétisation, groupe de réflexion sur des méthodologies de structuration d’intelligence collective («les transitionneurs») etc, ainsi que des syndicalistes (correcteur de livre CGT, UNEF, etc), des politiques (Utopia, Verts : militants et élus municipaux, No Berlusconi Day, ex-Verts, divers gauche, ex-Cap21), des entrepreneurs sociaux (Groupe SOS), et des personnes engagées professionnellement : action sociale, ex-permanente d’un mouvement féministe canadien, collaborateurs d’élus, artistes (écriture de romans ou de pièce engagée), création de sites de contre information… On a voulu donner la parole au plus grand nombre, et de ce point de vue c’était réussi : on a pu connaître la diversité en termes de degré, de type et de mode d’action, et la richesse des parcours et des activités militantes des participants, et proposer des réponses aux questions 1 et 2 du groupe 4.
Ce rapport est la synthèse des rapports des 5 tables rondes.
Critique de la forme « parti » classique, limites de l’engagement associatif, espoir d’une nouvelle forme d’organisation politique
Des participant-e-s expriment leur rejet des formes d’organisation et des pratiques classiques dans les organisations politiques et les syndicats, leur critiques des courants des Verts, de l’ambiance pas forcément « sympa », des nombreux débats passés sur l’organisation interne et donc non tourné vers l’extérieur, critique des relations entre l’appareil national d’un parti et les élus d’un côté et les militants locaux de l’autre (l’élu étant dans ce cadre le médiateur destiné souvent à « faire passer la pilule » – à gérer les frustrations des militants non-élus et à transmettre les directives). Critique des politiques perçus comme « coupés du terrain ».
D’un autre coté, l’engagement associatif est très riche, mais rencontre vite des limites notamment dans son pouvoir d’action et de mobilisation. C’est pourquoi de nombreuses personnes ont complété leur engagement associatif par un engagement politique. Cela dit, les difficultés sur le terrain sont réelles. Il y a souvent beaucoup d’adhérents et peu de militants, une partie est surinvestie, les autres ayant une présence sporadique. Par ailleurs, il y a de grandes difficultés à avoir plusieurs engagements (associatif et politique, local et national).
Il est important de garder un lien entre l’engagement associatif et politique. L’engagement associatif est dit comme plus spécialisé sur un domaine bien précis d’action alors que l’engagement politique sera plus généraliste. Par exemple sur le plateau de Saclay, une association a été créée regroupant des associatifs et des élus verts afin de proposer des projets constructifs notamment dans le domaine de l’agriculture. Sur ce point, poids à donner aux comités locaux en place pour faire le lien avec les associations présentes sur le terrain et faire des choses concrètes.
EE est perçue comme un mouvement fédérateur de gauche, écolo et décloisonné, agglomérant des personnes venues d’horizons très différents mais qui se retrouvent autour de valeurs communes de l’écologie politique, tandis que la militance dans les associations est forcément cloisonnée. On a plaisir à s’y sentir « plus nombreux », à faire partie d’un mouvement de masse, ouvert, qui suscite l’espoir : en effet, EE est perçue par certains comme un outil de conquête du pouvoir par rapports aux Verts qui ne seraient qu’un outil de proposition politique. EE doit toutefois devenir aussi une boîte à outils et un laboratoire d’idées. En même temps, EE, par sa composante associative militante, est perçue comme outil de rapprochement du terrain.
Europe-Écologie pourrait-elle être une nouvelle forme de parti, un parti-réseau au-delà des formes classiques de partis ?
Comment aller vers « les autres », et en particulier vers les plus défavorisés
Pour diffuser le projet de l’écologie politique au sein des diverse associations et syndicats où nous sommes présents, on souligne l’importance de la formation des nouveaux arrivants (témoignage d’un militant de l’UNEF qui déplore la manque de formation auparavant pour pouvoir défendre ses idées face aux représentants des autres partis politiques présents à l’UNEF), comme la nécessité d’élaborer un langage compréhensible par tout le monde et de se mettre à la portée des gens qui entreraient dans le mouvement sans avoir d’expérience de militantisme, pour que tout le monde puisse entrer, comprendre, participer.
S’est exprimé également un fort sentiment d’urgence, en particulier dans les quartiers populaires. Devant la dégradation des conditions de vie et le délitement du lien social, il faut montrer, concrètement, ce qu’il est possible de changer. Il faut travailler à recréer ce lien et, pour cela, il faut proposer des formes concrètes de solidarité. Il faut développer l’écologie politique dans les quartiers populaires où l’abstention a dépassé les 75 % : l’écologie politique répond aussi bien à l’urgence politique qu’à l’urgence sociale. Il s’agit de montrer qu’on peut réduire la facture énergétique, manger sainement et à moindre coût. Il s’agit aussi de donner aux jeunes de ces quartiers un accès aux métiers du secteur du développement durable : pour ça, il est nécessaire que les militant-e-s aient une bonne connaissance de ces métiers et des formations qui y mènent.
La défense des intérêts populaires implique aussi d’élaborer un programme sur la santé, l’éducation, le logement etc.
Modes d’engagements au sein du mouvement politique de l’écologie
Au quotidien, chacun peut prendre des initiatives. L’écologie se vit, c’est comme ça qu’on la partage. On peut travailler autour de projets. Une personne donne l’exemple d’un groupe DD dans un établissement de santé. C’est une bonne école pratique de sensibilisation autour d’un projet local pratique. Actions de terrain, votations citoyennes, actions contre les expulsions. La cohérence entre les actes, le mode de vie et le discours est particulièrement requise pour les représentants du mouvements, d’autant plus que le discours écologique demande à chacun d’accepter à renoncer à certaines choses (consommation d’énergie, transports, logements individuels etc.).
EE doit permettre à chacun de s’investir différemment. Selon les moments de sa vie, ses centres d’intérêt, on est plus ou moins disponible. C’est une nouvelle génération de parti qui doit permettre des niveaux différents d’implication. Non au militantisme sacrificiel. EE est là pour changer la société « avec » la société et doit susciter des initiatives.
Besoin de rencontres et de lieux d’échange avec les gens pour démarrer des discussions. Certains ont fait beaucoup de tractage mais expriment une frustration par le caractère très ponctuel des choses. Tracts insuffisants voire inutiles s’ils ne conduisent pas à des échanges. Aux classiques réunions publiques, on préfère des réunions dans les cafés, des apéros de quartier, réunions de petits comités chez les particuliers, en pieds d’immeubles. Nécessité d’aller aux conseils de quartiers. Aller vers les gens, y compris en milieu rural en Ile de France.
S’agissant des pratiques ou des formes de militantisme à promouvoir, les participants ont insisté sur l’importance de l’écoute : il faut mieux écouter et respecter les gens de terrain, ceux qui mettent en œuvre des projets et veiller à favoriser l’expression de tous.
Par ailleurs, il faut savoir partir des points d’accord (tout en acceptant qu’il y ait des points de désaccord) et partir de ce que chacun veut faire et apporter, apprendre à connaître les autres associations, et reconnaître l’utilité de formes de militantisme sur des objectifs précis.
Il faut veiller au maintien du lien social au sein même d’Europe Ecologie… et veiller aussi à assurer plus de liens avec les élus, faute de quoi le mouvement s’écroulera. Internet est certes un outil, mais qui ne peut suffire à assurer ces liens.
Il faut rompre avec le comportement beaucoup trop clivant des partis traditionnels et ainsi tendre à « civiliser la vie politique et politiser la société ».
Structuration du mouvement politique de l’écologie
Pour certains, EE doit s’organiser autour de plusieurs niveaux d’implication, ponctuelle ou/et sur du long terme. L’engagement doit être lié aux différentes formes d’adhésion (qu’il serait possible de différencier par une gradation des cotisations). Cette structure permettrait de regrouper différents partis reliés dans une plate-forme commune.
Pour d’autres, les plus nombreux, les statuts des adhérents ne doivent rien figer, il faut au contraire éviter les cloisonnements. Pour ne pas se priver de la base militante, il faut permettre à tous de s’exprimer. Chaque adhérent doit avoir un droit égal. Pas de hiérarchie dans les formes d’engagement. Concept de 1 homme = 1 femme = 1 voix à retenir
On souligne une difficulté, celle d’organiser dans Europe-Écologie des individus et non des représentants d’organisations ou d’associations qui travaillent déjà dans des structures.
Des participants proposent de favoriser la mise en place d’un réseau, d’un maillage entre associations, syndicats et partis (de gauche…). Il pourrait même leur être proposé d’avoir un représentant au sein d’Europe Ecologie. Le « fonctionnement multicarte » devrait être accepté. On évoque les premiers statuts de la SFIO qui rendait obligatoire l’appartenance associative en plus de l’appartenance politique, ainsi que l’origine des Verts « confédération écologiste » qui étaient un regroupement d’associatifs qui s’alliaient pour présenter des candidats aux élections.
Outils à mettre en place
Outre la formation des militants, il faut se donner les moyens d’innover, par exemple avec la création de groupes thématiques nationaux ou régionaux sur des thèmes précis, travaillés par les plus compétents ou les plus intéressés (éducation, économie, etc), en collaboration avec des milieux professionnels ou syndicaux (énergie, santé, etc.). On pourrait aussi créer une base de donnée de ressources communes qui pourraient contenir l’ensemble des informations pertinentes pour des actions données (contact AMAPS, contact pour logements sociaux etc..)
Compte-rendu de l’atelier « Préciser les valeurs de l’écologie »
animé par Isabelle Agier-Cabanes
L’atelier comportait trois intervenants : Alain Lipietz, Caroline Mécary et Denis Baupin. Il s’est articulé en un double questionnement : comment définir les valeurs fondamentales de l’écologie politique ? Comment concevoir une pratique politique conciliant l’utopie et le pragmatisme ?
I Mieux définir nos valeurs fondamentales
Questionnement. Comment définir nos valeurs fondamentales par rapport à la trilogie républicaine : liberté, égalité, fraternité ? En quoi notre projet politique se différentie-t-il de ceux des autres forces politiques ? En quoi est-il porteur d’une dimension émancipatrice ?
Intervention de Caroline Mecary
Bien évidemment, dans nos valeurs, nous avons la solidarité et la recherche du respect de l’écologie, c’est-à-dire de l’environnement, c’est-à-dire la nécessité de replacer la place de l’individu, du citoyen, dans son environnement général. Cet environnement est à la fois économique, social, territorial et bien évidemment environnemental.
Les valeurs portées par EUROPE ECOLOGIE sont d’abord les valeurs prônées par la République, c’est-à-dire la Liberté, l’Egalité et la Fraternité, à laquelle s’ajoute la laïcité. A partir de ces valeurs qui pour certaine peuvent être déclinées de la façon suivante ;pour la liberté en autonomie, pour l’égalité en solidarité, et pour la fraternité en responsabilité.
Toutefois, l’égalité en elle-même demeure pour nous un impératif en tant qu’elle est conçue comme une égalité de traitement entre les personnes. Une égalité de traitement homme-femme, qui s’est traduit notamment par la parité (application de l’adage entre le fort et le faible, c’est la loi la liberté qui opprime et la loi qui libère). Cela s’inscrit évidemment dans la notion de la nécessaire émancipation que l’on retrouve dans les groupes sociaux qui, à un moment ou à un autre de l’histoire, se sont retrouvés dominés.
L’égalité de traitement, c’est aussi l’égalité entre les différents groupes sociaux porteurs de différences, qu’elles soient raciales, sexuelles, liées à la maladie, économiques, sociales, écologiques, territoriales.
Nous devons également veiller au maintien du lien social et à sa traduction politique, à savoir la participation aux institutions. En ce sens, l’abstention est pour nous un sujet de préoccupation dans la mesure où faire de la politique c’est aussi la nécessité de reconquérir les classes qui se désintéressent de la politique.
Pour toutes ces raisons, nous sommes porteurs d’une radicalité. (cf II)
Intervention d’Alain Lipietz
Fondamentalement, trois valeurs phares balisent l’écologie politique, la « délimitent » par rapport à d’autres courants : l’autonomie, la solidarité et la responsabilité, les nécessaires conflits entre les trois devant être réglées par la démocratie et la non-violence.
Ces trois valeurs renvoient évidemment à l’écologie scientifique : un organisme, c’est ce qui est doté d’autonomie, un système se caractérise par la solidarité du tout et des parties, et cela à travers le temps. Mais ce sont évidemment les circonstances mêmes du développement de l’écologie politique (les années 1960 à 90), et l’accent mis sur ces valeurs par les mouvements sociaux constitutifs de l’écologie politique, qui ont questionné des valeurs bien plus anciennes du camp progressiste en France, y compris les valeurs de la Révolution Française : Liberté, égalité, fraternité.
Une façon commode d’approfondir les notions « autonomie, solidarité, responsabilité » est de les comparer avec les valeurs « progressistes » correspondantes, celles de la République libérale et celle des idéaux socialistes des deux derniers siècles.
Par « autonomie », nous visons la capacité des personnes ou des groupes de personnes à se fixer leurs propres buts et « voir le bout de leurs actes ». Ce n’est pas seulement la liberté au sens libéral du terme (par opposition à la dictature et l’absolutisme), pas seulement la liberté de faire, mais de maîtriser ce que l’on fait.
La « solidarité », c’est bien sûr l’affirmation de l’égalité en droit et dignité, mais une égalité qui n’est pas seulement affirmée au départ (et « que le meilleur gagne », comme dans le libéralisme du 18ème siècle), ni une égalité niveleuse à obtenir comme résultat (comme le socialisme de la première moitié du 20ème siècle). C’est le refus que quiconque soit laissé sur le bord de la route : quelles que soit les injustices et les erreurs de la liberté, chacun doit être en permanence remis en position de vivre une vie digne et autonome.
La « responsabilité », c’est la capacité et le devoir de répondre à la question « qu’as-tu fait ? » : « qu’as-tu fait aux autres ? », « qu’as-tu fait à l’environnement ? ». Il s’agit de la valeur la plus nouvelle apportée par l’écologie politique, par sa compréhension des conséquences à long terme et à longue portée de certains de nos actes, résultant de notre liberté et qui, alors même que nous les pensions « solidaires », peuvent se révéler nuisibles à d’autres humains ou à d’autres êtres vivants, plus tard, plus loin.
Cette dernière valeur est évidemment la « signature » la plus lisible de l’écologie politique, ce qu’elle a apporté de franchement nouveau par rapport au libéralisme politique et au socialisme. Nouveauté qui repose sur la prise de conscience du caractère limité de biens communs, principalement l’environnement, comme médiation entre soi et les autres, entre une société et son avenir. Dégrader l’environnement, même dans une politique libertaire et à court terme d’apparence solidaire et progressiste (selon les conceptions « progressistes » anciennes : produire et distribuer) peut s’avérer pervers de manière cachée, pour autrui et pour nous-mêmes, et de ces négligences nous devons rendre compte. D’où les valeurs dérivées, plus concrètes, de l’écologie politique, telle la protection de la biodiversité etc.
Deux champs d’application de ces valeurs reformulées méritent particulièrement notre attention : le féminisme et l’économie sociale et solidaire.
Le féminisme est né d’un mouvement social parallèle à l’écologie politique, mais, au nom de leurs valeurs, les écologistes ne peuvent être que féministes, même si l’inverse n’est pas forcément vrai, évidemment. La notion de solidarité inclut l’égalité de droit entre hommes et femmes, non pas comme une donnée, ni comme un résultat nivelant les différences, mais comme un mouvement toujours renouvelé d’effacement des inégalités. Elle implique une conception du féminisme qui rejette l’universalisme abstrait et prend en compte la réalité multiséculaire de l’oppression, et donc des points de vue différents sur le monde entre les deux genres. Le principe d’autonomie des écologistes les pousse à reconnaître la nécessité pour les femmes d’avoir des temps d’autonomie parallèlement à des temps de mixité politique et sociale. Le principe de responsabilité amène à rechercher dans les comportements quotidiens du passé et du présent les déterminants concrets de l’oppression et de l’inégalité des femmes, etc.
L’économie sociale et solidaire, particulièrement adaptée aux services à des communautés d’ampleur petite et moyenne, est une économie composée d’unités de production à la fois sociales (c’est-à-dire, définie par les deux principes : « une personne – une voix » et non-lucrativité ; il s’agit essentiellement des coopératives, associations et mutuelles) et solidaires (c’est-à-dire prenant en compte, parmi leurs buts, les effets, y compris non-marchands, de leurs actions sur le reste de la communauté). Par exemple : une entreprise d’insertion au métier de la restauration, installée dans une cité HLM, formant les chômeurs, ouvrant ces locaux aux associations d’habitants, servant des repas à bas prix. L’économie sociale et solidaire, par son caractère « social » (coopératif ou mutualiste) exprime l’autonomie du groupe et des individus qui le compose. Sa liaison à la communauté et au territoire permet la mise en acte des valeurs d’autonomie, de solidarité et de responsabilité.
Pour toutes ces raisons et d’autres encore, l’écologie politique s’inscrit, d’un point de vue historique, dans le camp progressiste.
Intervention de Denis Baupin
Denis Baupin insiste sur la dimension concrète de ces valeurs dès lors qu’il s’agit de faire de « la politique autrement ». Dépasser la tension entre l’idéal projeté et l’imperfection de l’action nous conduit aussi à inventer des oxymores qui tentent de réunir les deux facettes. Certains parlent de « réformisme radical ». Je parle moi de « radicalité efficace », mais il s’agit bien de la même chose : comment, dans un milieu peu accueillant pour nos idées, réussir à poser des jalons certes incomplets et imparfaits, mais qui servent de points d’appui pour la suite. Et c’est d’autant plus difficile qu’il n’est alors pas toujours possible de rendre lisible pour le plus grand nombre le sens de ces quelques jalons posés. J’en ai fait l’expérience par exemple à Paris quand nos premiers travaux de restriction de la circulation automobile n’étaient pas accompagnés du renforcement des transports collectifs. Malgré tout, a posteriori, maintenant que l’action est clairement lisible, non seulement le sens en apparaît clair au plus grand nombre, mais en plus pertinent et à prolonger. Plus que jamais, notre écologie se doit d’être un humanisme, un humanisme qui s’appui sur le meilleur de l’humain pour construire la métamorphose portée par Edgar Morin.
Interventions du public
Diverses interventions soulignent l’importance, pour les écologistes, de s’inscrire dans la défense des diverses causes progressistes : le féminisme, la lutte contre les inégalités…en même temps que de s’engager pour la défense de la planète, ces deux aspects étant perçus comme étroitement liés. Mireille Ferri souligne l’importance du thème de l’émancipation individuelle et collective comme déclinaison de la valeur-liberté. Jean-Marc Fert souligne l’attachement des écologistes à l’anti-autoritarisme, à la transparence et au souci de la responsabilité de l’avenir qui est souci de la responsabilité des autres à venir, souci du durable.
II. Pour une utopie pragmatique
Questionnement
Au cours de la première partie du débat est apparu de manière prégnante le souci de concilier le respect des valeurs fondamentales de l’écologie avec la politique au quotidien, qu’il s’agisse de la participation de nos élus aux institutions nationales et locales ou de la manière de gérer le mouvement lui-même. Cette synthèse de l’utopie et du pragmatisme est-elle possible ? Si oui, à quelles conditions ? Comment définir cette façon de faire de la politique ?
Intervention d’Alain Lipietz
Le « réformisme radical » (comme l’« l’utopie concrète », ou toute autre formulation de ce ) est l’une des caractéristiques les plus importantes du positionnement politique de l’écologie. Plus importante même que la question « à gauche », « ni droite, ni gauche », ou « ailleurs ! Pour celles et ceux d’entre nous qui venons d’une expérience progressiste antérieure, comme la gauche socialiste ou communiste, ce fut probablement un choc de mesurer l’ampleur des transformations dans la vie des sociétés humaines qu’implique l’écologie politique. Bien au-delà des droits de l’homme ou de la redistribution des richesses, du pouvoir et de la propriété, l’écologie politique exige une transformation profonde de la vie matérielle, de la façon même de produire, de consommer, de partager la vie de la communauté. En ce sens, elle apparaît comme plus « radicale » (allant plus à la racine des choses) que toutes les idéologies progressistes antérieures.
Du mot « radical » à « révolutionnaire », il n’y a qu’un pas que l’on franchit facilement quand on parle de « révolution énergétique », « révolution des transports ». Mais, en français, le mot révolution est connoté non par ses buts (que l’on relègue dans les adjectifs : révolution socialiste, révolution démocratique) mais par ses moyens, que l’on oppose à « réforme ». La révolution c’est violent, rapide, extra-institutionnel et parfois sanglant. La réforme c’est progressif, pacifique, négocié dans un cadre institutionnel avec des moyens de pression non-violents même s’ils sont extra-légaux : campagnes de presse, manifestations, grèves, boycott, élections, négociations contractuelles. Les valeurs de l’écologie politique poussent clairement au choix de la réforme si, par ce mot, on s’oppose à révolution brutale. Nous affirmons que la démocratie et la non-violence sont les moyens de résoudre les conflits, nous sommes responsables des coûts collatéraux d’une révolution violente. Nous refusons l’irresponsabilité bonapartiste et léniniste « On s’avance, et puis on voit », nous ne nous défaussons pas de la responsabilité de ce qui se passera après la révolution au nom du « Nous n’avons pas voulu cela ». Nous prônons l’autonomie de chacun et non pas la dictature de quelques soi-disant éclairés. L’écologie politique est donc un « réformisme radical » : ni réformisme d’accompagnement ni espérance du Grand Soir. C’est ce que nous rappelons en rétablissant l’intégralité de la citation de Paul Eluard : « Un autre monde est possible, mais il est dans celui-ci ». On chemine dans le réel et on le transforme.
Mais il y a une raison plus profonde : nous n’avons pas la même conception du temps que les révolutionnaires de jadis. Nous ne pensons pas que le temps « joue pour nous », mais qu’il joue contre nous. C’est ce qu’exprimait ici même notre ami Jacques Perreux, second de liste d’Europe-Ecologie et encore vice-président communiste du Val-de-Marne au 31 décembre 09. « Qu’une révolution socialiste soit retardée de 10 ans c’est, au yeux d’un marxiste, très dommage pour les exploités et les opprimés qui doivent attendre, mais ça ne change rien au contenu du passage au socialisme, et le développement des forces productives aplanit plutôt les difficultés. En devenant écologiste, je me suis rendu compte du contraire : chaque jour qui passe entraîne davantage de pollutions que nous ne rattraperons jamais et de destructions irréversibles de notre cadre de vie. » Cette remarque est très juste, elle vaut pour l’effet de serre, la dégradation de la biodiversité, l’accumulation des polluants dans l’eau et la terre. Et n’oublions pas qu’elle valait déjà pour les exploités et les opprimés qui devaient « attendre » leur émancipation ! La radicalité d’une politique écologiste se mesure donc non seulement à son intensité, mais également à la date à laquelle elle intervient. Mieux vaut réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30 % dans les 10 prochaines années que de 50 % à partir de 2030.
Intervention de Denis Baupin
Faire de la politique autrement, c’est aussi se poser la question de la façon dont nous faisons de la politique. « Autrement » disons-nous, ce qui ne dit pas grand chose et cache souvent des aspirations non explicitées car contradictoires. L’une des pistes pour moi primordiales, même si nous tâtonnons beaucoup en la matière, et qu’Europe Ecologie nous permettra peut-être de concrétiser enfin, c’est de ne pas constituer une organisation politique déconnectée du reste de la société, et notamment de tous les corps sociaux indispensables quand il faut non seulement penser le changement mais le mettre en oeuvre. Trop souvent, faute de ces liens travaillés dans la durée, nous nous sommes retrouvés forts démunis lorsque confrontés aux rapports de force brutaux dans les institutions. De ce point de vue, les réflexions lancées lors de la réunion Europe Ecologie du 7 mai dans le 20ème arrondissement sont particulièrement stimulantes : comment, dans les quartiers qui ont vu naître les premières coopératives ouvrières inventer de nouvelles formes de coopératives sociales et écologiques répondant aux besoins concrets renforcés par la crise (problèmes des biffins à la Porte de Montreuil par exemple, où se retrouvent face à face très pauvres et un peu moins pauvres), et où l’idée de coopérative politique lancée par Dany ne débouche pas seulement sur une coopérative entre politiques mais avec la population ?
Intervention de Caroline Mecary
Nous sommes porteurs d’une utopie réaliste, c’est-à-dire qui, à la fois, prend racine dans la réalité d’aujourd’hui et est porteuse d’un nouveau projet qui a pour objectif de changer notre rapport au monde, notre mode de production. Nous sommes d’accords sur le constat de la faillite du productivisme et de la course au profit qui, n’est que l’un des avatars de la loi du plus fort. En ce sens l’écologie politique est une voie nouvelle et non un modèle, une voie pragmatique avec sa diversité et son pluralisme, qui rompt avec les solutions traditionnelles du capitalisme et du socialisme. Et même s’il y a une apparente contradiction entre ce dont nous sommes porteurs, (sur le fond nous avons des options qui sont régulatrices voire dirigistes) et notre aspiration au respect de la liberté, nous pouvons résoudre cette apparente contradiction en garantissant une diversité de choix car la liberté en réalité toujours liée au respect de la pluralité des choix possibles.
Interventions du public
Gaël Lancelot se demande si « faire de la politique autrement », ce n’est pas, aussi, reconnaître le droit à l’erreur du politique, sa faillibilité. L’honnêteté intellectuelle doit être plus souvent pratiquée et valorisée comme une vertu politique. Jean-Marc Fert rejoint cette thématique en critiquant les politiques de l’infaillibilité. Quant à l’utopie concrète, Gilles Lemaire rappelle que l’initiative de Cochabamba tend à rassembler tous ceux qui font le vœu de préserver la planète, que les Indiens appellent très justement la Déesse Mère.





