Pour un féminisme ouvert et pluriel

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Par Alix Béranger, cofondatrice du groupe d’action féministe « La Barbe »
Et David Le Pabic,
membre des Verts et de l’association féministe « Femmes Publiques »


Toutes celles et tous ceux qui pensent que les discriminations et les inégalités qui touchent les femmes ont disparu se trompent. Derrière les images médiatiques de femmes actives et épanouies se cache une réalité toute autre. Aujourd’hui, 80% des tâches domestiques sont effectuées par des femmes. Ces dernières représentent 70 % des travailleurs pauvres en France. A qualification égale, les femmes continuent de gagner 30 % de moins que leurs homologues masculins. Dans les entreprises, ce sont les hommes qui occupent la très grande majorité des postes à responsabilités. Ce plafond de verre est bien réel dans tous les secteurs de la société, qu’ils soient politiques, économiques, culturels, financiers ou encore sportifs.

Ces discriminations et inégalités trouvent leur expression la plus insupportable dans les violences physiques et morales exercées par des hommes (souvent de l’entourage proche) à l’encontre de nombreuses femmes. En 2008, une femme est décédée tous les 2 jours et ½ sous les coups de son conjoint ou ex conjoint. Cette situation nous rappelle l’actualité du féminisme et la nécessité de son combat.

Pour une égalité dans la loi…et dans les faits

Il ne suffit pas d’invoquer le principe universaliste d’égalité pour rendre effective l’égalité entre les femmes et les hommes. A écouter les uns et les autres il n’y aurait pas de réel machisme en France. Lors de la majorité des actions menées par le groupe féministe la Barbe(1), les hommes disent vouloir intégrer des femmes mais arguent du fait qu’il ne s’en trouve pas pour endosser les responsabilités. La plupart des femmes, quant à elles, pensent se consoler d’être exclues du pouvoir et des lieux de décision en donnant foi à la croyance que derrière chaque homme de pouvoir se cache en réalité une femme aux commandes. Beaucoup de mauvaise foi de part et d’autre ou tout du moins d’aveuglement.

Seule une prise de conscience collective assortie d’une politique volontariste, qui doit englober l’ensemble des dimensions telles que la législation, l’éducation antisexiste, la formation ou encore le partage du pouvoir et du travail, peuvent permettre de réels progrès en la matière. Ainsi, la loi sur la parité, qui a montré son efficacité là où elle s’applique réellement, doit être étendue. Elle a notamment permis en quelques années de faire élire des femmes dans les assemblées importantes (le nombre de députées est passé de 12,3 % en 2002 à 18,5 % en 2007(2)). Si ces résultats encourageants, mais encore bien faibles, ne donnent pas matière à l’emballement, on peut cependant considérer que la loi sur la parité est un outil qui fonctionne. Pour autant ce dispositif, aussi pertinent soit-il, ne saurait remplacer les actions et mesures pour l’égalité dans toutes les dimensions de la société.

Le féminisme, un regard sur le monde

En effet notre action ne doit pas se résoudre à une seule dimension. Notre féminisme est pluriel, il se pense dans un ensemble plus vaste concernant la lutte pour l’égalité des droits des minorités et comme une volonté de renversement des rapports de pouvoirs institués. Son décloisonnement est donc essentiel car ce qui compte avant tout, c’est le libre choix et l’autonomie. Notre combat rejoint donc celui de celles et ceux qui luttent contre toutes les formes d’oppression et de violences : machisme, homophobie, lesbophobie, transphobie, fascisme ou encore fondamentalisme religieux.

Notre féminisme propose un regard politique sur le monde, une lecture qui contribue à faire avancer les combats importants de ce siècle. Le féminisme doit être au cœur de notre projet politique de transformation de la société. Pluriel et ouvert il exige de notre part, que nous soyons éluE, militantE ou citoyenNE, un engagement et une vigilance active lors de toutes nos actions et à chaque moment de notre vie.
Ce féminisme tel que nous le concevons, c’est à chacunE de nous, au sein d’Europe Ecologie, de le porter, en affirmant haut et fort notre attachement à ses valeurs.


La Barbe est un groupe activiste féministe créé en 2008 dont l’objet est de dénoncer l’absence des femmes dans les lieux de pouvoir et de décision. Affublées d’une barbe postiche et de panneaux de félicitations elles investissent les cénacles de pouvoir pour rendre visible l’absence des femmes. Cf. www.labarbelabarbe.org

7 commentaires

  1. marie-elisabeth dit :

    pourrait-on faire un groupe d’activistes comme la barbe qui interviendrait dans les réunions de EE à prédominance masculine ? et aux journées d’été ?? Il y a du travail !!
    je suis volontaire .

  2. Liv Lefebvre dit :

    Bonjour,

    Faisant partie de la jeune génération, je suis souvent choquée de la manière dont notre société traite la question des carrières professionnelles des femmes. Notamment avec la question qui revient sans cesse : « mais comment faîtes-vous pour concilier vie pro et perso ? ». C’est bizarre, je pense être passée à côté de quelque chose car je pensais que les hommes aussi avaient des enfants, devaient faire les courses, à manger et leur lessive ! Comment font-ils eux ? Personne ne le sait, puisque personne ne leur pose la question. Pourtant ils sont un certain nombre à assurer à la maison. Mais on considère encore que les charges domestiques sont à la responsabilité des femmes. D’ailleurs, lorsqu’un homme se charge d’un certain nombre de tâche on dit qu’il « aide » sa compagne. Je trouve qu’on ne rend pas assez justice à tous ces hommes qui trouvent naturel de partager les tâches ménagères.

    Par rapport à l’étude que vous citez sur les tâches ménagères, je voulais juste apporter un petit bémol car comme tâches ménagères on ne prend pas en compte des tâches telles qu’amener la voiture au garage, faire la vidange, installer des étagères… tâches qui sont assez souvent réalisées par les hommes. Du coup je trouve que là encore, on ne rend justice à personne. Cela conforte chacun dans son rôle : celui des hommes comme les salauds et les femmes comme des victimes.

    Concernant quelques solutions pour faire évoluer tout cela, je pense que nous pouvons déjà à un niveau personnel, tous faire évoluer les mentalités. A commencer par éviter de propager des stéréotypes sur les genres.

    Par ailleurs, pour ce qui est des carrières professionnelle, c’est encore une fois une guerre contre les stéréotypes car une entreprise dont les employés représentent la population aura plus de chances de proposer des produits adaptés à leurs clients.

    Pour conclure : non aux stéréotypes et oui à la diversité.

  3. le masson dit :

    vous rencontrant en lien avec europe ecologie je me permets d’expprimer ma consternation en ce qui concerne la prétendue citoyenne c.duflot.En effet elle semble confondre dans ses interventions à propos de l’ interdiction du port de la burka tolérance religieuse et soutien à l’intégrisme islamiste oubliant au passage dans sa haine du christianisme tout à fait électoraliste,que les religieuses catholiques encore voilées ne masquent pas leur visage ,que nombre d’entre elles comme nombre de musulmanes ne portent plus de voiles et que pour cela elles se sont battues contribuant àla libération des femmes dans des religions machistes,d’autre part le voile integral n’est en aucun cas un precepte de l’ islam.Je voudrais rappeler simplement que dans tout les pays où cette pratique se développe les femmes sont encore plus exclues des lieux de pouvoir exclues meme du droit à la scolarité.

  4. karine dit :

    Née en 1972, je me suis prise pour superwoman et j’ai cru que le féminisme ne me concernait pas directement (si ce n’est par solidarité avec les femmes du reste du monde ou les femmes battues). Pourquoi est-ce que, tout à coup, j’ai réalisé que ça restait une difficulté d’être une femme?Je ne sais pas trop mais ce qui est sûr, c’est que le problème va bien au-delà de la répartition des tâches et touche à l’image de soi, aux représentations, aux fantasmes même.

  5. MOZÈRE Liane dit :

    Chères j’emploie délibérement le pluriel de majesté ce qui ne veut pas dire que ce message ne s’adresse pas aux hommes dotés de ce que Deleuze et Guattari appellent un « devenir-femme », merci pour ce rafraîchissant verdoiement. En effet quarante deux ans après mai 68 et quarante ans après la création du Mouvement de Libération des femmes une vieille jeunesse de soixante et onze ans s’effare de la recrudescence d’un machisme grossier et arrogant, donc sans complexe. On peut entendre Placé opposer une vieille à une jeune sans que l’on puisse imaginer que l’on oppose Lion ou Meirieu à un jeune, dans d’autres cercles plus restreints et qui étaient éditeurs de Trois milliards de pervers (revue Recherches dans les années 70) des sexagénaires aux andropauses mal lunées se permettent d’injurier des femmes qui émettent des « grognements » ou sont sujettes à des « démangeaisons militantes. » Les jeunes femmes autour de moi, comme mes propres filles, souffrent du machisme au quotidien et pensent faire des films sur la distribution des tâches ménagères au sein des couples. Quarante ans après… la barbe c’est le cas de le dire chère Alix. À tous les âges, partout dans tous les détails résistons, je vous embrasse sororalement et dans le verdoiement du soleil (l’herbe verdoie est une expression tirée de Mille plateaux de Deleuze et Guattari)

  6. fred dit :

    Je suis un homme et je me dis que j’ai eu de la chance. On se prétend humaniste et on traite les femmes comme…pas comme des humains. Ecologiste, anti-raciste, alter mondialiste. Mais les femmes, dans tout cela, rien. Les droits de l’Homme. Au fait, les syndicats n’ont jamais rien fait pour elles. Aujourd’hui, tout le monde défile ensemble. A bientôt.

  7. illusion dit :

    OK, je crois qu’il n’y aura plus de violences faites aux femmes lorsque nous n’éleverons plus nos enfants dans la compétition et l’éloge du héros ou de l’héroïne… pourquoi accepter pour nos enfants des structures scolaires hiérarchiques : base de la violence.

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