Ecologie politique : fondements et prospective

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Il faut affirmer la radicalité de l’écologie politique.

Je dis bien écologie politique, non « questions » voire « politique(s) environnementales » : la conversion écologique ne signifie pas seulement remplacement de pratiques polluantes par d’autres « environnementalement acceptables », encore moins le « greenwashing », le pire des recyclages. Dans ce qui constitue notre socle commun, il y a la conscience qu’on ne peut plus se satisfaire d’un système qui tourne seul, hors-sol. Ce que l’on peut nommer productivisme existe à gauche comme à droite, et s’inscrit dans une logique de croissance qui semble à ceux qui le défendent incontournables.

Si la question de la production semble centrale dans une telle démarche, elle ne l’est pas car elle a fini par devenir un concept ne tenant pas compte du matériau qu’elle emploie : les ressources naturelles, et plus généralement le monde dans lequel nous vivons. C’est ce qui motive les critiques contre le PIB/PNB. Il ne s’agit plus de produire pour apporter la subsistance, même confortable, de notre espèce, mais de produire pour créer des richesses susceptibles d’être redistribuées – et je n’utilise pas, à dessein, le mot partager. Et au bout du compte, produire pour produire : c’est cela la « croissance » dont on nous rebat les oreilles.

1. La question du rapport au monde.

Cela résulte d’un univers mental dont j’ai parlé ailleurs et qui s’enracine dans la Renaissance, instaurant un double mouvement.

Nous l’avons tous appris à l’école, la Renaissance, commencée selon moi vers 1300, s’affirme comme le temps des grandes découvertes et des explorations. Il faut les comprendre comme une réappropriation du monde, la possibilité de le considérer comme aimable alors que la puissance de l’Eglise associée aux intérêts temporels avait orienté les vies et les regards vers l’au-delà en les appelant à se détourner de l’univers matériel. De cela est née l’idée que nous pouvions finalement mieux vivre cette vie, mieux exploiter la Terre.

Dans le même temps a commencé à s’affirmer l’idée d’une spéculation possible sur cette richesse que le travail de l’humanité semblait multiplier : les grands mécènes de la Renaissance que sont, par exemple, les Médicis sont des banquiers. Nous avons fini par croire que cette richesse était illimitée, parce que l’espèce humaine est encouragée à croire ses propres ressources illimités, et c’est un discours que l’on entend volontiers aujourd’hui en ces termes : pas d’inquiétude, nous trouverons bien une solution (sous-entendu : une invention, une solution « miracle… »). Cette dernière, selon moi, passe par une prise de conscience globale de la nécessité d’un nouveau rapport au monde : non plus son exploitation, au bénéfice exclusif de l’espèce humaine, mais une interaction apportant un bien-être mutuel.

2. La question du rapport aux autres.

Notre planète est un monde limité. Voilà en quoi la religion de la croissance est une erreur, sinon un leurre. Il ne s’agit pas seulement de considérer, par exemple, qu’un jour, le pétrole va manquer : il constitue une richesse, objet de spéculation. La simple raréfaction ou le financement d’exploitations dans des conditions bien moins favorables que celles des grands gisements actuellement en activité impliquent une hausse dont nous avons déjà pu avoir un avant-goût il y a quelques mois. Vu d’en haut, l’orage semble passé; il se peut même que d’avoir constaté dans le même temps une baisse sensible de la consommation, très réelle, on se soit réjoui de voir le sens des responsabilités de la population française. Le simple raisonnement amène à considérer que cela s’est fait contraint et forcé et que ce ne sont évidemment pas les plus riches qui l’ont fait mais ceux qui, paradoxalement, pouvaient en avoir le plus besoin.

On ne parle pas suffisamment de l’eau. On pourrait faire des constats similaires, et Jean Dey, qui a charge de cette question au Conseil général de Seine-et-Marne, pourra quelque jour nous en donner un aperçu, je l’espère. Cette ressource-là est plus cruciale encore, évidemment, pour la survie de l’humanité. Elle fait aussi l’objet d’enjeux financiers, stratégiques sinon militaires.

Autrement dit, ce rapport au monde, « à exploiter », induit contraintes et inégalités au sein de l’humanité. A ce titre, l’écologie politique qui veut renouveler le pacte entre cette dernière et son environnement porte nécessairement le combat de la solidarité, du respect de la diversité voire des diversités. Et de fait, pour éviter l’écueil d’un partage ne reposant que sur une action charitable peu valorisante pour celui qui la reçoit, elle suppose une approche politique pour donner à chacun une place décente dans la société. C’est ce qui fonde, encore une fois, la radicalité de nos idées et, me semble-t-il, du rassemblement des écologistes, capable, par la rupture qu’il propose avec le modèle productiviste, d’apporter des solutions à la fois globales, génériques et concrètes sur la base de ce nouveau rapport au monde que nous proposons.

3. Ecologie politique = parti politique.

C’est ce qui doit nous amener à parler de l’écologie politique comme l’outil indispensable, non pas miracle, car il demande une prise de conscience de nos responsabilités et des efforts à faire, mais incontournable pour traverser ce temps de crises du mieux que nous pouvons, en adaptant notre mode de vie à la réalité du monde et non sous la pression financière ou économique (sinon militaire!) de quelques uns, ainsi épargnés et écrasant les autres.

Patrick Dubreucq a judicieusement insisté sur la liste Europe écologie de Seine-et-Marne sur la nécessaire préservation du réseau social, ce qui a fait le succès d’Europe écologie. Cela ne signifie pas qu’il faille écarter l’idée d’un parti politique. Ce serait même à mon sens une lourde erreur : une réponse politique comme l’est notre rassemblement doit s’inscrire dans le champ politique. Il peut en réinventer le fonctionnement, les formes, il ne peut s’en extraire. Ce serait lui porter un coup fatal : que nous échouions, et l’action politique sous toutes ses formes, la nôtre ou celle traditionnelle, paraîtra impuissante, levain essentiel des totalitarismes; que nous réussissions, et nous confirmerions le regard désapprobateur à l’égard des politiques « classiques », ce qui ne nous préserverait évidemment pas de convulsions guère plus réjouissantes.

Faire de la politique autrement, ce n’est surtout pas renier l’outil politique. Il faut qu’il soit ouvert, transparent, fluide, qu’il ait, par exemple, le courage de la proportionnelle au bénéfice de la représentativité de chacun considéré comme l’élément d’un tout. Tout cela (qui est loin d’être exhaustif) en fera un outil profondément rénovateur de la chose politique conçue non comme un appareil, une simple structure tendant à la verticalité mais comme un réseau horizontal aux multiples connections. C’est sur ces bases, je pense, qu’il faut rechercher la forme la mieux adaptée pour dessiner les contours décidément politiques de l’écologie.

http://www.dhistoire-et-dart.com/varia.html#Ecologiehumanisme

Sylvain Kerspern, Melun
http://europe-ecologie.net/groups/melun-son-agglo-ses-cantons

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