Lettre ouverte de Robert Lion, Eric Loiselet et Philippe Meirieu à Dany Cohn-Bendit et Cécile Duflot
le 6 mai 2010
Cher Dany,
Chère Cécile,
- Nous vous adressons, en toute amitié, cette lettre ouverte. Nous sommes des « jeunes », venus à Europe Ecologie (et en politique !) il y a quelques mois. Nous n’avons ni la mémoire ni les cicatrices qui sont la marque des vieux militants de partis. Nous avons aimé Europe Ecologie – et nous l’aimons encore. Nous aimons qu’elle soit une équipe qui gagne ! Nous avons été touchés par la manière dont ses dirigeants nous ont fait confiance, en nous chargeant de premiers rôles. Les militants et les élus du parti des Verts ont joué le jeu : celui de la parité au sein des CAP, celui de l’équilibre entre Verts et nouveaux venus sur les listes pour les élections régionales. Nous avons fait campagne ensemble, avec enthousiasme, détermination et efficacité. Nous avons travaillé ensemble pour que les responsabilités, au sein ou autour des conseils régionaux, soient réparties équitablement. Nous avons prouvé ensemble qu’Europe Ecologie était non seulement viable, mais porteuse d’espoir.Les électeurs nous ont donné raison. Europe Ecologie existe, pour la deuxième fois, sur la scène politique française, à une hauteur que l’ancien parti des Verts, seul, n’avait ni atteinte ni même imaginée. Avec Europe Ecologie se dessine une force écologiste qui se compare à ce qu’a été le parti des Verts en Allemagne. Elle prolonge et concrétise les aspirations des grands visionnaires de l’écologie. Elle donne corps au projet coopératif ; elle place, pour la première fois, la solidarité (avec la planète comme avec les hommes et les femmes de ce monde) au coeur de la décision publique. Elle renouvelle la vision du bien commun pour l’accorder aux défis de ce temps. Elle donne à une sensibilité de plus en plus répandue en France, qui refuse aussi bien le libéralisme que l’étatisme, une incarnation politique. Elle replace l’éthique à la première place. Elle peut ainsi amener notre pays à mieux répondre, en termes politiques, à l’urgence écologique, à l’urgence sociale, à l’urgence démocratique.C’est l’urgence écologique qui nous a amenés, tout d’abord, à rejoindre Europe Ecologie. Sa perception nous tenaille. Nous avons la conviction qu’une réponse robuste à cette menace globale est le sujet prioritaire, aujourd’hui, pour quiconque se sent habité par un engagement citoyen. Nous sommes persuadés qu’à cette menace il n’existe pas de riposte neutre : les hommes ne se sauveront que s’ils savent remettre en question le modèle économique et social qui les conduit au désastre, et combattre la domination des forces d’argent : la seule riposte qui vaille doit être une riposte de gauche. Elle doit être aussi, radicalement, marquée par l’éthique et la solidarité.
Nous sommes partisans, et voulons être artisans, d’une démocratie renouvelée, inspirée par une éthique intransigeante et une double solidarité : à l’égard des plus fragiles aujourd’hui, ici et à l’autre bout du monde ; à l’égard des générations qui nous suivent. C’est dire que notre démarche se place en même temps sous la préoccupation première du long terme.
Globale et anticipatrice, cette démarche doit avoir aussi une dimension « locale » : elle doit reconnaître aux citoyens, à la société civile et aux institutions décentralisées, les plus larges responsabilités.De telles priorités sont à nos yeux supérieures. Elles sont d’un autre niveau que la « préservation de l’environnement » ou « la protection de la planète », à quoi se réduit pour beaucoup l’écologie. En matière d’environnement, nos exigences sont élevées : nous militons pour une toute autre relation à la nature et aux ressources matérielles et pour une mutation de nos manières de consommer, de produire, de vivre. Mais ceci n’est pour nous qu’un volet, politiquement lié aux approches sociales, économiques et éthiques, d’une démarche d’ensemble. Celle-ci constitue la réponse politique à l’urgence – la crise – écologique.
- Avec vous, nous sommes d’accord sur ceci : les profonds changements économiques et sociaux qui sont devant nous, nous devons les conduire et non les subir.
Pour cela, il faut deux choses. D’abord une démarche politique : il s’agit de changer les rapports de force – bien au delà de la distribution des richesses – dans la société occidentale et globale. Ensuite un mouvement politique, qui soit soutenu par une fraction significative des citoyens de ce pays – et plus largement d’Europe – un mouvement respecté, qui joue „dans la cour des grands“. Il doit être radical et solide dans son projet démocratique, ou mieux « citoyen », dans son organisation et son ancrage ; il doit encore être ferme dans ses attitudes, en dépit des vents court-termistes, catégoriels et égoïstes – l’inverse même de la manière dont est gouvernée la France actuelle, où, sur toutes les questions importantes et notamment sur l’environnement, les reculades suivent les rodomontades. - Europe Ecologie peut être la réponse, en cette année 2010, à cette attente. Europe Ecologie a fait ses preuves du côté de l’électorat. Elle doit remédier à diverses faiblesses et incomplétudes, liées à l’empirisme heureux qui a présidé à sa naissance et à ses premiers pas. Sa « structuration », et la clarification de sa relation, en son sein, avec les Verts, sont indispensables et urgentes.
Face à ces sujets dans lesquels certains amis s’empêtrent, et à propos desquels ils font trop souvent référence à des épisodes passés, nous nous permettons d’adopter une attitude simple mais qui nous apparaît fondatrice :a) Europe Ecologie doit devenir dans les six mois un parti politique de plein exercice ; celui-ci élira, fin 2010, ses organes dirigeants ; l’adhésion à Europe Ecologie donnera le droit à chacune et à chacun de participer démocratiquement à cette démarche.
b) Europe Ecologie doit assumer clairement sa filiation avec les Verts et, en même temps, constituer un dépassement des formes obsolètes du parti et du « rassemblement“ basées sur la juxtaposition et la recherche d’équilibres entre des groupes. C’est une dynamique nouvelle qu’il faut créer où chacune et chacun peut adhérer et être partie prenante. Les adhérents des Verts doivent être désormais adhérents d’Europe Ecologie et participer à l’ensemble de ses instances et organes. De même, les militants et sympathisants issus de la « société civile“ doivent être accueillis au sein d’Europe Ecologie dès lors qu’ils se reconnaissent dans ses valeurs fondatrices et doivent participer à l’ensemble des décisions. Cette participation doit être statutairement organisée ; le renouvellement des organes de tout niveau doit être assuré par l’attribution d’une part équitable des sièges aux adhérents récents. Enfin, la parité doit être de règle.c) Europe Ecologie doit être une « coopérative », c’est à dire un mouvement fonctionnant sur le principe « une personne / une voix ».
d) une charte, énonçant les valeurs fondatrices et résumant le projet d’Europe Ecologie, doit être formellement acceptée par les candidats à l’adhésion et les cotisants. Cette acceptation et cette cotisation seront accompagnées d’engagements politiques et déontologiques.
e) un dispositif de transition, permettant de faire vivre le contact entre Europe Ecologie, les électeurs et les sympathisants, comme avec l’opinion publique, doit être organisé dès ce mois de mai 2010 – comme il a commencé à l’être par la mise en place de l’adhésion directe à Europe Ecologie que nous appelions de nos voeux.
Sur un mode amical, nous invitons tous les participants à Europe Ecologie à mettre en sourdine leurs tensions et à ne pas se fixer sur des clivages anciens. Le système que nous proposons fait sa place à chacun : il respecte les Verts comme les „non Verts“. En retour, chacun doit tourner la page sur les querelles passées, sans avoir, bien entendu, à baisser pavillon ni sur les convictions qui nous unissent, ni sur l’esprit critique sans lequel la démocratie est menacée.D’autres questions de première importance restent à trancher. Au premier rang : les attitudes à adopter dans la perspective des échéances de 2012.Nous vous invitons à laisser ces problèmes de côté pour les six mois qui viennent. Nous les aborderons à partir de la fin de l’automne 2010, c’est-à-dire lorsque, suivant les propositions ci-dessus et le calendrier du CNIR et du CAP, nous aurons adopté notre projet et notre charte, d’une part, et organisé notre nouveau parti, d’autre part. Chaque chose en son temps : si nous sommes d’accord, dans les six mois qui viennent, pour nous consacrer à ces deux tâches, abstenons-nous de nous prononcer sur des sujets qui requièrent que notre mouvement ait été stabilisé et soit en mesure de décider de manière transparente et démocratique. Europe Ecologie, contrairement à d’autres forces politiques éphémères, n’est pas d’abord construit pour porter la candidature d’une personne à l’élection présidentielle, mais bien plutôt pour présenter un projet politique radicalement nouveau, qui rassemble nos concitoyens à chaque élection selon les modalités les plus appropriées à l’avancée de ce projet.
- Pour les mois qui viennent, nous avons ainsi à conduire une double démarche, d’organisation d’une part, de construction de notre projet, et d’adoption de notre charte, d’autre part.Ces chantiers, sur lesquels nous avons esquissé au début de cette lettre quelques repères, doivent constituer, au cours des prochains mois, l’axe majeur de notre travail commun. Pour leur élaboration, nous devons suivre le calendrier adopté par le CNIR et le CAP de mars 2010. Le projet doit respecter une logique ascendante, partir des territoires, s’appuyer sur les dynamiques et les synergies locales et régionales, associer les militants Verts, les adhérents à Europe Ecologie et les acteurs associatifs. Le processus doit permettre que, progressivement, des idées-forces émergent et s’imposent.
Nous devons conduire le travail relatif au projet et à la charte dans un esprit positif et constructif. A chaque obstacle ou difficulté, nous devons essayer de trouver une solution qui permette d’avancer, en vue de construire une démarche politiquement convaincante. Faisons prévaloir cette attitude sur les considérations ou opinions, se référant notamment à nos passés riches et multiples, qui risqueraient d’entraver, de fourvoyer ou de compliquer inutilement le processus. - D’autres questions de première importance restent à trancher. Au premier rang : les attitudes à adopter dans la perspective des échéances de 2012.Nous vous invitons à laisser ces problèmes de côté pour les six mois qui viennent. Nous les aborderons à partir de la fin de l’automne 2010, c’est-à-dire lorsque, suivant les propositions ci-dessus et le calendrier du CNIR et du CAP, nous aurons adopté notre projet et notre charte, d’une part, et organisé notre nouveau parti, d’autre part. Chaque chose en son temps : si nous sommes d’accord, dans les six mois qui viennent, pour nous consacrer à ces deux tâches, abstenons-nous de nous prononcer sur des sujets qui requièrent que notre mouvement ait été stabilisé et soit en mesure de décider de manière transparente et démocratique.Europe Ecologie, contrairement à d’autres forces politiques éphémères, n’est pas d’abord construit pour porter la candidature d’une personne à l’élection présidentielle, mais bien plutôt pour présenter un projet politique radicalement nouveau, qui rassemble nos concitoyens à chaque élection selon les modalités les plus appropriées à l’avancée de ce projet.
- Enfin, cher Dany et chère Cécile, tendez-vous la main et asseyez-vous côte à côte, comme le 16 avril lors d’une réunion de travail à Paris. Faites ainsi en sorte que, partout, ceux et celles qui se reconnaissent dans les valeurs d’Europe Ecologie fassent de même. En donnant la priorité au travail interne de construction du projet et au montage de notre future organisation, vous nous inviterez à un travail sérieux et approfondi. Le rendez-vous avec les media, à l’automne prochain, sera d’autant plus réussi que nous aurons, vous et nous tous, sans éclats inutiles, mis l’ouvrage sur le métier et produit des résultats.
- Dans l’intervalle, il faudra de temps en temps exprimer des positions, par votre bouche ou celle de certains d’entre nous : par exemple sur les retraites, sur le G20, sur l’éducation, sur des événements importants et imprévus. Organisons, s’il vous plaît, pour de telles circonstances, un système de concertation rapide mais efficace qui permette de construire des prises de position concertées ; il faut que tous ceux qui s’expriment au nom d’Europe Ecologie aient le réflexe de s’inscrire dans un collectif. Cette concertation doit se faire de manière souple mais systématique, en articulation avec le Bureau Exécutif. Elle doit permettre à Europe Ecologie, dès maintenant, de jouer dans le débat public le rôle qui revient à la troisième force politique de notre pays. C’est dès aujourd’hui que la crédibilité d’Europe Ecologie se joue. C’est notre capacité à travailler ensemble et à nous exprimer sereinement qui convaincra les citoyens réticents. L’enjeu est trop important à nos yeux pour rater un rendez-vous crucial. Europe Ecologie doit prouver qu’elle est une dynamique qui rassemble et qui convainc.
Bon vent à nous tous !
Paris et Lyon, le 6 mai 2010
Robert Lion Eric Loiselet Philippe Mérieu







j’adore le treme « jeunes » en politique … celà crédibilise le propos …
Tout le monde est plus ou moins d’accord sur le projet mais n’ose le dire et encore moins l’inventer !!!
Soit nous nous engoncerons dans unparti classique soit …
Mais cette volonté se mesurera à l’aulne des pratiques car pour moi – à ce jour – sont encore bien vieillotes …
A titre d’exemple le mode d’organisation des journées du 8 Mai …
Se pourrait -il qu’en Juin l’organisation se fasse collectivement et pragmatiquement !
j’ecrivais sur mon blog ceci
• 05.10.10
L’urgence :
parler,
réfléchir à des statuts,
rédiger une charte,
fixer les cotisations ( pourquoi c’est gratuit pour les membres de partis politiques ? ),
définir un systeme de vote,
organiser de la communication et de l’information
dans la structure associative préliminaire » Rassemblement pour une europe écologiste » qui est améliorée certainement
pour
clarifier règles et processus
mettre en place des réseaux locaux de travail et réflexions
puis
créer projet, structure, programme et stratégie.
L’un des dangers et écueils à éviter : le clivage partisan.
Diviser pour règner le vieil adage …
Il y a plein d’intelligences et de créativités…. qui ne s’expriment pas coincées par vielles pratiques éculées… qui bloquent nombre d’initiatives par un classicisme politique effarant …
Des propositions fusent de toute part parées de signatures prestigieuses :
dans une ruche les rois et reines ne font pas le miel !!!
Prenons le temps d’avancer doucement en pensant structure mais aussi projet…
Le grave défaut de ces mois passés furent la précipitation et un marché de dupes en rivalités passées et passéistes non formulées … habitudes des temps anciens du politique datée pour moi désormais au période antérieures au 8 mai 2010 !
Si celà cesse nous en gagnerons en clarté et efficacité !
Il ne s agit pas de faire table rase mais de la nettoyer et préparer tranquillement la nouvelles ruche…
Tout a fait d’accord avec les signataires.J’ajouerai qu’il est IMPORTANT que les elus Europe Ecologie deja en poste fassent ressentir leur action et leur « difference », et non plus seulement « cautionner » les elus socialistes avec lesquels ils travaillent.
En effet,je pense que le rejet ,et le ressentiment, a l’egard de la « politique » de Sarkozy et de l’UMP,n’a d’egal que le rejet et le ressentiment des francais a l’egard du PS qui nous laisse m’amer souvenir de l’inaction,du mensonge,de la tromperie,de la magouille,de la
faillite,de l’arrivisme.Que les elus Europe Ecologie se bougent et fassent pression sur les elus socialistes pour qu’ils fassent enfin quelque chose de concret pour l’emploi,le logement,la voirie,la circulation,ect…………..
Bravo pour ce texte de Robert Lion, Eric Loiselet et Philippe Mérieu, qui devrait aider à l’organisation du « mouvement » en « réseau » que nous construisons différemment des partis classiques.
Je suis un des animateurs du GAM (Groupe d’Action Municipal) de ma commune Olivet, longtemps « apolitique » (de droite) maintenant carrément UMP de droite-droite.
Sans faire une partie de programme politique d’EE (où j’ai adhéré le 8 mai), notre combat municipal pour plus de citoyenneté, d’écologie et de solidarité pourrait être un volet d’actions concrètes susceptible d’intéresser beaucoup de citoyens. Ce combat nous a conduits à subir un procès de 12 ans jusqu’en Conseil d’Etat (contre deux maires successifs et contre CGE-Vivendi-Véolia) à propos du contrat de distribution de l’eau de 99 ans (illégal depuis les lois Sapin de 1992 et Barnier de 1995 limitant à 20 ans les délégations de services publiques). Procès en cours depuis 1997 que nous avons gagné en appel à Nantes en 2004 puis en CE (8 Avril 2009). Cet arrêt du CE fait jurisprudence et de nombreuses communes l’invoquent pour renégocier leur contrat ou pour passer en régie. Mais les politiques ne se sont pas montrés pressés de nous soutenir et de faire appliquer des lois luttant contre la corruption. De Europe Ecologie, où s’est investie Eva Joly, on espère beaucoup plus d’implication franche et appuyée !
Notre site http://gamo.olivet.free.fr/ où tout cela est relaté de façon complète.
En lisant la biographie de Cécile Duflot, que je félicite pour sa prestation politique claire, brillante et efficace d’hier à « on n’est pas couché » , j’ai vu qu’elle est urbaniste. J’aimerais bien pouvoir lui apporter des données sur les sols à protéger de l’expansion des villes. Certains sols sont à maintenir comme un patrimoine national, européen voire mondial pour l’agriculture et devraient être inconstructibles. D’autres moins favorables pourraient être sacrifiés aux constructions. Sandrine Bélier se préoccupe des sols à l’échelle de l’Europe. Je crois qu’il aurait vraiment un groupe de travail « Sols » à développer et je veux bien y contribuer (je suis pédologue cartographe, retraité de l’INRA).
j’approuve le contenu de cet article plein de bon sens et de propositions intéressantes.
En voici une autre : ancien citadin, je vis désormais sur et avec un territoire, en contact avec des acteurs locaux alternatifs et autres, à la campagne. L’écart culturel entre les têtes pensantes parisiennes et les acteurs locaux est beuacoup trop important. La France, à ‘instar de beaucoup de citadins, à la tête (Paris) insuffisamment reliée au corps ( les territoires…).
A l’instar d’une des règles de la sociocratie (le double lien) il serait bon que des penseurs Parisiens viennent plus souvent participer a, vivre avec, s’engager, sur des territoires ruraux, et surtout écouter, écouter.. apprendre à écouter. Et que des acteurs locaux soient fréquemment invités à participer, à s’exprimer, à secouer un peu la tête du cocotier Parisien….
Les régles du jeu d’une sociocratie porteuse de sens sont encore à affiner, et surtout à expérimenter. A nous de les mettre en chantier.