Les cinq poisons des campagnes présidentielles sous la Veme République

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par Dominique Boullier, professeur de sociologie à Sciences Po, rédacteur en chef de Cosmopolitiques

Le déséquilibre institutionnel majeur en faveur du président de la république sous la Veme a toujours été contesté par la gauche et par beaucoup d’autres démocrates. Mais, contraints d’y contribuer à travers la présidentielle, on ne mesure pas à quel point tous les partis et tous les électeurs se retrouvent empoisonnés et continuent à considérer cette élection comme un défi pour leur propre parti, quitte à tout perdre et à ne rien faire pour construire de vraies chances de victoires. Pour les partis de gauche, l’essentiel n’est plus de participer, il est désormais de gagner et cela sur la base d’une vraie dynamique populaire que seule pourrait créer une primaire générale à gauche. Résumé des symptômes de l’empoisonnement et ordonnance détaillée !

1/ Le poison de la personnalisation.

La polarisation sur la présidentielle tue le débat politique. Non pas parce qu’on traite de personnes, car après tout, toute politique est incarnée. Mais parce que dans notre système et encore plus avec Sarkozy, tout dépend tellement de cette élection que l’enjeu devient colossal. De ce fait, les égos des candidats (qui se croient) potentiels sont encouragés à la démesure. On voit même apparaitre désormais les candidats… pour l’élection d’après, qui font déjà un tour de chauffe, en tant que génération montante. Que les personnes comptent, c’est certain. Que le débat dans les médias comme dans les partis soit réduit à « va-t-il y aller ? » « comment faire pour empêcher untel d’y aller ? », etc. contribue en revanche à un discrédit massif de la politique. Et toute la mécanique interne des partis dépend alors de ces supposés présidentiables (au sens de candidats !!). La dépendance des partis les plus contestataires à ce modèle est flagrante, puisque même le NPA mise tout sur son leader « qui passe bien à la télé » ( d’où la difficulté à le dupliquer pendant les régionales !). Heureusement les écologistes ont un leader qui passe (très) bien à la télé mais qui ne veut pas être candidat ! Quelle chance, quelle liberté de parole, quelle possibilité offerte de parler de vraies questions, de faire penser autrement le public ! La focalisation sur les personnes est un poison qui encourage toutes les tactiques, tous les stratagèmes et toutes les allégeances et qui oblige à ne rien dire, à ne plus prendre de risques, et à se méfier plus de ses amis que de ses ennemis. Les écuries présidentielles sont une nécessité au moment de la bataille finale, leur maintien permanent pour organiser le débat des partis est un poison pour les idées, pour les vrais conflits d’orientation (qui a compris vraiment ce qui opposait Martine Aubry et Segolène Royal ?) et pour le rassemblement nécessaire.

2/ La fascination médiatique

La fascination médiatique est un poison dominant dans notre démocratie d’opinion mais elle est encore concentrée par l’effet « présidentielle ». L’argument ultime des partisans du « on ne peut pas ne pas y aller », c’est la tribune médiatique. La tribune en question n’est qu’une campagne officielle qui n’intéresse pourtant pas grand monde. Car pour le reste, les temps de parole se distribuent comme avant jusqu’au moment de la campagne officielle. Or qui peut dire l’intérêt de présenter ses idées devant un public de téléspectateurs dont plus de 50% a des idées bien arrêtées sur la question et ne votera jamais pour un candidat écologiste ? Certes, les grands partis et les derniers concurrents peuvent prétendre convaincre une partie de ce public et de cet électorat lorsqu’il est indécis. Aller au premier tour d’une élection présidentielle pour s’exprimer et pour jouer les figurants, c’est perdre son temps.

Alors qu’un vrai débat avec les électeurs de gauche et les électeurs de sensibilité ecologiste, lui, peut être intéressant. Il peut peser dans les orientations partagées par ces électeurs et influer sur la stratégie du futur candidat de gauche. Mais alors le support n’est plus la télé de masse dans sa version campagne officielle. Ce sont les débats sous toutes les formes dans les régions, sur le terrain que l’on peut organiser entre tous les candidats à une primaire à gauche. Oui, cela vaut le coup de tenter de convaincre des électeurs du PS ou du NPA ou du Front de gauche que les idées des écologistes sont plus porteuses de changements et de cohérence que celles des autres. A condition de le faire auprès des électeurs de gauche qui sont déjà plus proche des idées écologistes. La distance idéologique est moindre et toute évolution peut avoir des effets rapides (on l’a vu aux européennes, les électeurs socialistes ne craignent plus de voter écologiste). Faire une belle campagne de primaires internes à la gauche, voilà un objectif qui peut faire avancer la pratique politique, la discussion des solutions qui sont souvent complexes à arbitrer. Et non plus passer son temps à devoir contrer les stupidités d’un valet de la droite ou à justifier devant les médias le fait de n’être pas d’accord avec les socialistes mais d’aller quand même avec eux au second tour ! Le poison médiatique gâche l’énergie des écologistes alors qu’ils pourraient prétendre sans difficulté faire des scores de 25 à 30 % au sein de la gauche, dans une primaire ! Ce qui serait une visibilité largement supérieure au 5 ou même 10% du premier tour de la présidentielle. Et qui obligerait la gauche à prendre vraiment en compte l’influence des idées écologistes dans son propre camp. Désigner un bon candidat écologiste dans ce débat est une chose mais cela n’a plus les effets sur les égos que l’on a pu connaitre partout.

3/ Le poison de la division

Le poison de la division est intrinsèque à cette campagne de premier tour qui encourage « l’expression ». Voilà un autre miracle de la mystique républicaine version Veme République : pendant 6 mois on passe son temps et sa campagne à « s’exprimer », c’est à dire à marquer sa différence et à taper à bras raccourcis sur des candidats avec qui on finit par faire alliance entre les deux tours. Oui, la politique, c’est toujours cette capacité à organiser civilement la division pour mieux faire émerger l’unité et ce mystère est toujours à haut risque. Oui, on peut prétendre élargir son électorat dans sa diversité au premier tour pour ensuite le rassembler. Oui, on peut ainsi espérer mobiliser des électeurs qui n’ayant pas voté au premier tour auront tendance à rester chez eux le deuxième. Mais tout cela ne fonctionne pas dans un entre deux tours ! On ne découvre pas tout d’un coup des synergies. Si la gauche plurielle a gagné en 1997, dernière année de victoire nationale (soit 15 ans en 2012), c’est uniquement en raison de la tactique calamiteuse de Chirac (et de Villepin !) pour la dissolution, qui a provoqué une campagne courte et sans réelle exposition des divergences au sein de la gauche ( et il s’agissait de législatives). Si Jospin a perdu en 2002, ce n’est pas tellement en raison du nombre de candidats, c’est parce qu’il les a négligés et qu’il n’a pas préparé une campagne de second tour de rassemblement tant les rancoeurs étaient importantes parmi les participants après 5 ans de gauche, pas si mauvaise en général, mais pas assez bonne pour les partis particuliers. Tout ce que l’on demande au débat du premier tour, c’est au cours de primaires qu’il faut le faire et d’emblée au sein de la gauche, ce qui fixe déjà clairement l’horizon de l’union. Pensons à l’énergie que peut dégager un candidat unique de la gauche désigné après quelques mois de débats approfondis mais qui ont permis de faire émerger un leader qui a ensuite le temps de montrer comment il peut être à l’écoute de toute la gauche et donc de recomposer une vision partagée. Si les écologistes veulent se compter, ils peuvent le faire dans les primaires mais ensuite ils affichent devant tous les électeurs leur souci d’unité. Même Clinton a réussi à le faire avec Obama !! Mais pour cela il faut du temps avant l’élection pour pouvoir reconstruire l’unité et ce n’est jamais possible en deux semaines entre les deux tours !! Qui peut sérieusement penser qu’une dynamique unitaire peut se créer dans un laps de temps aussi court ?? Mais pour générer cet élan, c’est toute la campagne des primaires qui doit être de haut niveau, de mobilisation des passions, d’apprentissage du débat (on le fait rarement finalement avec les autres partis de façon durable). Mieux encore, les engagements d’accord pour les législatives telles que les a proposées Daniel Cohn-Bendit sont des garanties de la solidité de l’union, car on va voter en assurant aussi une représentativité des écologistes au parlement. Et si nécessaire, on peut même aller jusqu’à adopter des solutions du type ticket : la campagne est faite par le candidat arrivé en tête et soutenue par un éventuel futur premier ministre (d’ailleurs l’usage que Sarkozy a fait du premier ministre est nettement plus proche d’un vice-président à l’américaine que celle d’un premier ministre de la Veme !). Le premier tour dans la Veme est une entreprise factice d’expression des divisions pour mieux faire triompher les idées reçues des dominants, des partis déjà suffisamment forts pour survivre à ces divisions étalées. On ne peut opposer la crainte de voir des écologistes de droite présents à la place des candidats écologistes de gauche. C’est vraiment penser que l’écologie n’est pas ancrée à gauche d’une part (même si elle représente la chance de la gauche de faire l’union au-delà de la gauche) et que la dynamique unitaire d’une primaire n’aurait aucun effet sur les électeurs de cette mouvance. Si l’on sort de la logique des expressions de parti, les électeurs le sentiront et verront que c’est un autre projet, une autre dynamique qui est en place.

4/ Le poison de la guerre dans chaque parti

Cette volonté de s’exprimer, d’exister pour soi, pour mettre en évidence sa différence, c’est la logique même des partis. Ils sont construits pour apprendre à faire la guerre et à former une unité interne contre les adversaires de l’extérieur, « les autres »(qui par définition ne sont pas aussi bien que le « nous » sinon « nous » serait chez « les autres », dans l’autre parti). Mieux, ce poison de la division se répand au sein même des partis, car les ennemis sont rapidement à l’intérieur dans une telle logique. La pensée de guerre des militants, qui sont clairement apparentés aux militaires, rappelons-le, prévaut sur toute autre forme de pensée, au nom de l’intérêt supérieur du parti, ce qui permet de prendre toutes les décisions, toujours plus démocratiques mais qui comme par hasard renforcent toujours les tenants du pouvoir, les tenants de la ligne de renforcement du parti (qui se renforce même en s’épurant comme on le sait) et évitent les remises en cause trop importantes. Le poison de la guerre est présenté comme équivalent au remède de la combativité, ce qui n’a rien à voir. Etre radical, résolu, mobilisé, comporte certes toujours une part d’agressivité, mais non pas celle de la guerre qui veut l’élimination de l’autre. Or, tous les partis et tous les congrès de tous les partis notamment injectent inévitablement ce poison de la guerre, ne serait ce que pour renforcer cet in-group, cette sécurité de l’appartenance pour qui ne supporte pas le doute (cf. Simone Veil en 1943 qui demandait la « suppression générale des partis »). Ce n’est pas que la division doit disparaitre, elle est constitutive de la vie sociale. Mais l’épreuve que constitue l’élection présidentielle doit être une occasion de faire bouger les lignes de ces divisions et d’inventer de nouvelles formes de vision de l’unité. Or, toute la mobilisation pour la campagne de SON parti, pour faire apparaitre encore et toujours cette organisation précise ne sert qu’à repousser toute tentative d’union, tout apprentissage d’un vivre avec, toute culture des alliances et du compromis qui fait sens, bref toute politique comme dépassement de l’état de guerre. C’est ce qui s’est passé à l’inverse avec Europe Ecologie, c’est ce moment incroyable où l’expression de sa différence d’écologiste pouvait déboucher sur des alliances nouvelles au moment même de l’élection. Le premier tour de la présidentielle va à l’encontre de tout ce processus mais il sera toujours défendu par le militant qui veut toujours exister, qui veut toujours montrer qu’il avait raison avant les autres, car les écologistes sont plus souvent que les autres persuadés d’avoir raison, au sens d’avoir la raison avec eux, ce qui ridiculise a priori toute autre défense d’un intérêt particulier, d’un attachement à des valeurs, à des traditions « dépassées ». Or, la campagne avec primaire est au contraire une obligation de débat, de participation, de remise en cause, tout en étant d’emblée orientée vers la production d’une union. Ce qui n’est pas le cas du premier tour : un vrai militant radical après avoir passé 6 mois à critiquer le PS n’aura jamais assez d’énergie ni de souplesse intellectuelle et passionnelle pour se mettre à faire campagne pour ce qu’il a vilipendé pendant des mois.

5/ Le poison de l’affaiblissement de la représentation parlementaire

Ce poison traditionnel de la Veme République, l’affaiblissement de la représentation parlementaire, sort particulièrement renforcé de la réforme (acceptée par Lionel Jospin) de synchronisation des élections présidentielles et législatives avec avantage évident donné aux premières. Les conséquences pénètrent profondément dans les esprits : les députés que l’on élit ne valent pas pour eux-mêmes, pour constituer un contre pouvoir ou représenter le peuple d’une autre façon, ils sont en fait le bras armé du président à qui l’on doit « donner une majorité ». Cette inféodation des parlementaires est un poison profond qui va jouer lors des élections elles-mêmes : les candidats n’ont plus d’intérêt, seule leur affiliation pour ou contre le président élu quelques semaines auparavant fera la différence. Les nuances ne sont plus de mise, les dés ont été jetés dans l’élection précédente et l’abstention comme la réduction du poids des petits partis sont courues d’avance. Le parti qui pourrait faire valoir son action de terrain n’aura aucune visibilité dans un tel contexte. Celui qui sait promouvoir les actions collectives sera balayé par rapport aux enjeux nationaux. Cette réduction du rôle des représentants non désignés par l’autorité du président est d’ailleurs confirmée par une pratique politique et citoyenne propre à la Veme République qui néglige toute la société civile de façon systématique. Si les députés eux-mêmes en sont réduits à n’être que des godillots ( car tous les présidents les ont réduits à cela à un degré plus ou moins important), alors les acteurs de la société civile n’ont guère d’espoir de prendre du pouvoir, du pouvoir sur leur vie, là où ils sont. Et leur « empowerment » restera une notion exotique en France. Or, les écologistes ont toujours favorisé cette prise de pouvoir des collectifs qui prennent en main leur destin, bien au-delà de la simple démocratie participative. Ils ne doivent pas accepter ce poison de la perte d’espoir de prise de pouvoir par les collectifs, qui est mise en scène par les députés. Les écologistes doivent rester au premier rang de la lutte pour une VI eme République. Mais le lien avec les associations, avec les collectifs du terrain ne se fera plus lors des campagnes législatives trognons, il devra se faire à la présidentielle. Et cela ne se fait pas en appelant à soutenir des micro-candidats ou des chapelles. Les écologistes n’arriveront à mobiliser les acteurs de la société civile et notamment ceux qui leur sont favorables que dans une dynamique d’union clairement affichée. Aucune association ne peut soutenir un candidat d’un parti de gauche en particulier dans une présidentielle. Mais elle peut participer activement à un large débat au sein de la gauche, influer sur les orientations qui seront celle de toute la gauche et sentir ainsi qu’elle pèse. Et finalement, appeler à voter pour un candidat d’union sera nettement plus facile dès lors que tous ses membres, sous des sensibilités différentes, se retrouveraient malgré tout nettement pencher à gauche. Là encore, la qualité de la campagne des primaires est essentielle pour créer une vraie dynamique qui entraine la société civile.

Que faire ?

Les poisons son connus. Certains sont anciens et ne pourront être éliminés que par une VIeme République. Mais d’autres pénètrent les esprits de chaque militant au point de lui faire perdre la vision réelle de l’intérêt pour l’avenir. Pour ces poisons, la participation des écologistes à une primaire générale à gauche serait un remède radical, porteur de mobilisation pour le débat et d’élan pour l’union et la victoire. Arrêtons de vouloir encore jouer petit bras ou gagner petit : misons gros, sur la rénovation de ces processus politiques, comme a su le faire Europe Ecologie pour les européennes.

19 Avril 2010

4 commentaires

  1. b chevrier dit :

    Il ne serait peut-être pas idiot de voter le même jour, pour les députés et pour le président. Comme ça, l’élection de l’un n’entraînerait pas un raz de marée de l’autre.
    1er dimanche : 1er tour de la présidentielle ; 2ème dimanche : 1er tour de la législative et sénatoriale (au S.U. direct, par Région, proportionnel au poids démographique et territorial de chacune) ; 3ème dimanche : 2ème tour présidentielle et législative.
    Supprimer la fonction présidentielle, je n’y crois pas trop dans notre monarchie séculaire….

  2. Doucet dit :

    POUR UNE FORMATION CONTINUE A LA DEMOCRATIE

    D. Boullier liste (d’une façon remarquablement juste et pédagogique) les poisons institutionels ou « institutionnalisés » des campagnes sous la Vème. Je voudrais ici évoquer un poison plus insidieux et non moins virulent : le poison de l’ignorance politique.

    Le débat démocratique français ne pourra s’épanouir que dans une dynamique continue _et soutenue économiquement_ de l’apprentissage collectif de la chose publique. Or, les campagnes, sous la Véme, se limitent souvent à des promesses de circonstances quelques mois avant les elections et naturellement déçues dans les mois qui suivent compte tenus des « poisons ». Les débats soulevés sont à de rares exceptions un cache misère de l’ignorance politique dans laquelle on laisse les français sur les véritables enjeux de notre société, dont les conséquences sont, on le sait bien, l’indifférence et la radicalisation (2 tendances lourdes).

    Remède : Une « formation continue » à la démocratie ?
    La Vème est orientée « action » (reconstruction de la France et de l’Europe, volontarisme militaire de son instigateur…). Notre société n’est-elle pas assez mature pour lui donner une dimension « reflexion » ? Quels moyens_en temps, en argent, en technologie_ doit développer la société pour développer une intelligence collective du vivre ensemble à un niveau national? Quel devrait être le rôle des partis, des Régions, des universités, des entreprises, ou encore des médias pour supporter cette formation et développer de façon continue et soutenue l’exploration démocratique?

    S. Doucet – New York, May 5 2010 – Chercheur en stratégie organisationnelle (Lille 1).

  3. zenblabla dit :

    Oui, faut miser gros!
    Des coquilles, y’en a largement assez mais pas assez de différentes.
    Seuls les Bernard-l’Hermite diffèrent et c’est heureux.

    On veut pas de pénultième organisation en dispositions de coquilles, on veut des coquilles convenables pour chacun et tous, et dire comment les faire, et puis on veut les faire.

    Inutile de passer commande, on sait déjà quoi comme toc ou authentiques boursoufflures sont déjà là, et on sait déjà les courses en sac qui y conduisent.
    Les Bernard-l’Hermites en course en sac, c’est pas du tout nous ça!

  4. Anne Louise dit :

    La stratégie du candidat unique n’est-elle pas dangereuse ? (cela n’a guère réussi à l’UMP lors des régionales !). Outre le fait qu’elle ne permet pas la constitution de « réserves de voix », ne tend-elle pas à lisser le débat/discours politique, celui porté devant les électeurs et non les seuls militants participant activement aux primaires.
    Ne donne-t-elle pas aussi une impression d’une unité de circonstance, (ce qui pose évidemment la question de sa constitution et du poids respectif des partis dans cette dernière) plus qu’elle ne porte l’idée d’une réflexion conjointe et d’une négociation aboutie ? Car comment être unis lorsque nos valeurs, celles auxquelles nous croyons et que nous défendons ne correspondent pas à celles des autres partis, comment constituer un programme commun à partir d’un pachtwork d’idées dissemblables ? Le seul moyen : le compromis, les concessions, et transiger parfois sur cela même qui nous constitue, et qui fait notre « originalité », n’est-ce pas là un véritable danger pour notre identité ?
    Un autre risque est que ce candidat ne soit pas assez rassembleur au sein même des partis de l’alliance, et pas assez ou trop identifiable politiquement, refroidissant du même coup les militants un peu radicaux et les électeurs potentiels de convictions écolo mais pas forcément de gauche (ça va finir par faire du monde !). Ce qui (me) pousse aussi à se demander pourquoi penser l’écologie à gauche ? Certes, comme le dit D. Boullier, les distances séparant les partis sont moindres, mais l’écologie ne gagnerait-elle pas à être pour ne pas dire « sans étiquette » disons plutôt « centriste ». Un vrai centre, même si H. Morin claironne que le centre n’existe pas et qu’il est soit de droite soit de gauche. Pourquoi centriste, parce que l’écologie si elle veut rassembler, fédérer autour d’elle, être le moteur de la réflexion et de l’action et non s’inscrire dans un suivisme perpétuel, doit se constituer, seule, en un véritable « contre pouvoir » autonome et indépendant et ne plus adhérer à cette façon de penser la politique comme dichotomique (chère à la gauche) : une politique sociale n’est pas forcément antinomique avec une politique économique et les deux peuvent cohabiter en respectant les valeurs constitutionnelles premières de ce parti (les valeurs écologiques). Et c’est sans doute le seul parti à pouvoir penser la politique autrement parce le seul partant d’un « présupposé » fort au centre de son action (et qui l’organise) : l’écologie.
    F. Bayrou aura bien essayé mais il ne transformera pas l’essai, il fera tout de même 18.6% contre 1.6% pour D. Voynet à l’élection présidentielle de 2007. L’espace est encore vacant même si des centristes de droite (donc pas des centristes) s’y engouffrent allègrement et surtout sans « présupposé » fort (et tant mieux, ils grignoteront les voix de l’UMP).

    Autre point, l’affaiblissement de la représentation parlementaire. Pas tant que ça cependant ! Même si le calendrier électoral permet d’avoir une majorité parlementaire (AN) de la même étiquette politique que le parti au pouvoir (ce qui est plus sain pour fonctionner tout de même, à moins d’aimer particulièrement l’emploi du 49.3).
    La réforme (mars 2009) a renforcé le pouvoir du parlement, lui permettant ainsi un véritable travail de production et de discussion des lois (« initiative parlementaire » renforcée, négociation avec le gouvernement des textes prioritaires à proposer, délais rallongés, possibilité de s’opposer aux procédures d’urgence, article 49.3 « conditionné »…) et confortant la place de l’opposition. Et c’est de la responsabilité du parlement et de ses élus de s’opposer à cette instrumentalisation et certains en font même leur cheval de bataille (cf. le rôle plus qu’ambigu d’un certain JF Copé et les récentes voix discordantes qui s’élèvent au sein du groupe parlementaire UMP).
    Dire cela n’est-ce pas aussi oublier le rôle du Sénat qui ne suit pas les mêmes règles électorales ? Et puis que serait, de plus, une VI ème République ?

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