Réponse à l’appel du 22 mars 2010, éléments de réflexion pour « cap 21 », « terre démocrate » et « Europe écologie. »

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Par Dominique Gaillard ancien chef de service, puis permanent syndical au Conseil général de l’Ardèche, aujourd’hui formateur, conseiller municipal de St Barthélemy-Grozon 07

Voila des années que je cherche, essaye de participer à une vraie alternative politique. Après moults désillusions sur l’extrême gauche, la gauche, la gauche de la gauche, les « verts » : tous ceux pour qui j’ai voté depuis plus de 30 ans et avec qui nous n’avons pu empêcher les graves atteintes aux valeurs humaines de fraternité, de solidarité, de laïcité, de respect des autres et de la nature.

Ma première lueur sérieuse d’espoir a été quand j’ai réussi à mettre de côté l’origine « de droite » de Corinne Lepage : j’ai alors perçu chez elle un engagement pour que cela change vraiment et de grandes capacités pour incarner un projet alternatif.

Le modem me paraissant trop ambigu, j’ai voté Europe écologie y retrouvant José Bové, avec qui je partage une référence (sans tapage) à Gandhi et à l’Arche de Lanza del vasto et Eva Joly pour qui j’ai beaucoup d’estime et de respect depuis longtemps.

Désirant ne pas rester sur la touche de la construction d’un grand mouvement écolo alternatif, j’ai finalement choisi en janvier dernier d’adhérer à Cap 21 et à « terre démocrate » ; adhésion aux valeurs portées par Corinne Lepage, un peu aussi par méfiance vis-à-vis du fonctionnement des « verts » dans Europe écologie.

Aujourd’hui :

- Je partage totalement la position de Corinne Lepage vis-à-vis du modem de François Bayrou et sa démarche pour participer à la création d’une vraie force politique alternative.

- Je dois reconnaître que j’avais une certaine méfiance pour Daniel C B. Je n’ai pas échappé au travers de coller des étiquettes superficielles aux personnes, ce qui, en ce qui concerne Dany CB (et Corinne L,) m’a longtemps empêché de voir à quel point je suis proche d’eux. Sa façon de conduire Europe écologie depuis 2007, m’a petit à petit fait changer d’avis. Aujourd’hui son appel du 22 mars m’a convaincu de l’honnêteté de sa démarche à laquelle j’adhère totalement, dans le fond comme dans la forme.

- Cap 21, « terre démocrate », Europe écologie, collectifs du 22 mars, je n’ai pas l’esprit de chapelle ou de courant ! Je ne vois aucune contradiction entre ces engagements. Si nous voulons réussir à changer quelque-chose dans la société et dans la politique nous devrons nous rassembler fraternellement, pourquoi ne pas le faire tout de suite ?

Quels objectifs politiques pour une grande force politique écologiste ?

- Les conditions du bien être (du « bonheur » ?) comme finalité politique ultime. Plutôt que de fixer des moyens pour objectifs comme on le fait généralement, peut-être faudrait-il se poser la question de ce qu’on recherche vraiment…

- Tout revoir nos façons de penser, faire de la politique, repasser aux cribles nos concepts, nos étiquettes, nos propositions : si (en particulier depuis 1981 !) nos valeurs ne cessent de reculer, si Sarkosy a été élu en 2007, si il y a eu plus de 50% d’abstention aux régionales, c’est parce que nous avons de gros problèmes dans la conception et l’expression politique d’une alternative. Revoir tout ça est pour moi le sens de mon adhésion à « terre démocrate » comme de mon intérêt pour les collectifs 22 mars.

Nous ne sommes pas assez clairs et offensifs sur nos valeurs : respecter la nature et les êtres vivants, partager les richesses, payer des impôts, coopérer…c’est bien ; s’expatrier pour ne pas payer d’impôts, faire de l’argent sur le malheur des autres, spéculer, jouer en bourse, polluer comme Total…, c’est dégueulasse !

- Etre la première force politique alternative de notre pays. :

  • l’écologie politique n’a pas seulement vocation à s’occuper d’environnement, mais de tout ce qui concerne la vie en société : économie, social, sécurité etc.
  • Changer en profondeur (« L’utopie ou la mort » disait le regretté René Dumont) : il y a un jardin qui s’appelle la terre et que nous devons soigner, entretenir, développer pour une vie harmonieuse de toutes les espèces et en particulier la notre.
  • Sortir du Darwinisme (tout au moins de ce qu’on en a retenu). Pour que la société se développe « bien », il n’ y a pas besoin d’exclure les « faibles », les « faignants », les « arabes »… mais aussi en version « de gauche » : « les bourgeois », les « bobos », les gens « de droite »… tout cela étant aussi en chacun de nous : qui dans sa vie n’a jamais joué un ticket de loto ou acheté des « produits discount » … Autre conséquence de ce courant darwiniste : la méritocratie. Selon moi (et l’abbé Pierre !), le fait d’être intelligent, travailleur, riche, beau et en bonne santé donne plus de « devoirs » que de « droits ». Les salaires mirobolants du Cac 40 etc. ne sont que plus scandaleux.
  • Le bien être de l’humanité c’est pas pour « des lendemains qui chantent », c’est ici et maintenant… Essayons de nous entraider à nous passer de ce que nous condamnons dans le système économique, à décaler nos modes de consommation, faire un jardin, partager nos patates…
  • l’économique au service de l’humain ; pour cela des changements profonds : passer à une « économie sociale et écologique de marché » (c’est encore ce qui marche le mieux quand c’est régulé et quand la coopération type « scope » est valorisée), société redistributive des richesses crées, reprise du contrôle des flux financiers et des nouvelles technologies, consommer moins et mieux pour être plus heureux ; les ¾ de l’humanité ne doivent plus être au service du pouvoir d’achat de(s) (certains) habitants des pays occidentaux…
  • On ne peux avoir le consumérisme le plus débridé et la cohérence avec nos idées, le beurre et l’argent du beurre : une répartition plus égale des richesses au niveau mondial (les ressources de la terre étant par ailleurs limitées et les avancées technologiques pouvant être destructrices) impliquera forcément une diminution de nos ressources matérielles, mais on peut consommer moins et mieux, rechercher de nouvelles façons d’être heureux
  • La laïcité : franchement, on s’est pas battu des siècles pour réduire la toute puissance des églises et pour aujourd’hui laisser des parties importantes de notre pays se mettre sous la coupe d’imams fondamentalistes ( ?) pour qui les autres sont des infidèles, des apostats etc.. Il n’est pas admissible qu’une jeune fille « des quartiers » ait intérêt à se mettre le voile si elle ne veut pas être embêtée. Mais la vie spirituelle doit être respectée. Je pense d’ailleurs que pour pouvoir tout marchandiser il était indispensable de réduire l’influence des religions, de toutes les formes de spiritualité et de la philosophie.
  • Ne pas laisser à « la droite » et à l’extrême droite les questions « délicates », qui souvent dérangent notre mouvance : vie dans certaines banlieues,
    • situation dans certains collèges et lycées, sécurité etc. Abandonner « l’angélisme », trouver des façons cohérentes (avec nos valeurs), sobres (= pas seulement en termes de moyens), efficaces d’aborder ces questions.

    Quelques leviers d’un « programme » :

    • Abroger toutes les lois qui ne sont pas compatibles avec nos valeurs. Attention, ce point est généralement « oublié » par le PS quand il est au pouvoir…
    • Mettre l’enseignement obligatoire de la philosophie au lycée dès la seconde.
    • Changer toute la conception de la commande publique par l’introduction (et l’utilisation car des choses sont déjà prévues) de critères environnementaux et sociaux.
    • Recettes des organismes sociaux appuyées non plus seulement sur le nombre de salariés mais sur la plu value. Pour moi la question des retraites, de la sécu est au moins autant un problème de conception des recettes que de dépenses. Je pense aussi que si nous arrivons à changer de type de société dans lequel nous vivons, nous serons moins malades.
    • Suppression du bouclier fiscal, refonte de la fiscalité pour qu’elle soit partagée par tous de façon équitable, ce n’est pas scandaleux de payer des impôts.
    • Plan de conversion de l’agriculture française en agriculture biologique. Création d’un laboratoire de surveillance toxicologique des produits alimentaires. Osons faire analyser les produits de la grande distribution !
    • Vraie taxe carbone, avec introduction progressive et équitable.
    • Faire de « la poste » un grand service public chargé notamment des transports en milieu rural (cf. les bus postaux en Suisse).
    • Réforme profonde de la justice avec beaucoup de moyens supplémentaires : proximité, rapidité, peines très fortes pour la délinquance en col blanc, la corruption et les atteintes graves à l’environnement, indépendance des parquets, humanisation des prisons, mesures de réinsertions pour les détenus.
    • Définir la sécurité comme un ensemble de droits et de devoirs : sociaux, alimentaires, de santé, de respect des personnes, de sécurité civile (catastrophes, terrorisme), de sécurité publique et de défense armée (la majeure partie de cette défense glissant progressivement au niveau européen).
    • Non cumul des mandats : un seul mandat rémunéré par élu

    Tout cela n’est pas aussi utopique que cela : point besoin de « grand soir » et de « Guépéou ». Beaucoup de ces choses ont été amorcées et vécues, par exemple dans les pays scandinaves.

Quelle stratégie ?

- « Ce qui compte c’est pas d’où on vient, c’est là ou on va » : alors assez avec l’obsession de décerner ou d’avoir le label « de gauche ». (Assez aussi de la part des écolos « de droite » ou « du centre » de diaboliser toute alliance avec « la gauche » traditionnelle)

Ancien responsable syndical CGT au Conseil général de l’Ardèche, j’ai pu voir dans le détail le fonctionnement d’un Conseil général « de gauche » (PS). Certes, il peut y avoir des particularités locales et il y avait des conseillers généraux cohérents et honnêtes avec leurs convictions. Mais franchement je considère que sur le fond comme sur la forme il y a photo avec une politique « de droite ». Si cette politique là est « de gauche » alors c’est que le mot ne veut plus rien dire.

La gauche de la gauche : tout n’est certainement pas à rejeter (l’analyse sur le problème des retraites de Mélenchon par exemple), mais comment partager (entre autres) cette fascination du PC pour le nucléaire, l’arrogance colonialiste de Mélenchon vis-à-vis du peuple tibétain sauvé de l’esclavage par l’armée chinoise…

Le modem : j’aurai parfois aimé que nous, gens « de gauche », on ait des discours aussi clair sur le néolibéralisme que Bayrou. Mais l’affrontement stupide avec Europe écologie, son ego « présidentiel », les ambiguïtés « centristes » (le centre d’une impasse est toujours une impasse) ont condamné sa démarche.

Il faudra de toute façon accueillir tous ceux, d’où qu’ils viennent, qui se reconnaissent dans notre projet.

- Ni « gauche » ni « droite » ni « centre » : une vraie alternative autonome

- Etre autonome = avoir un groupe politique à l’Assemblée nationale. Assez de se contenter de quelques postes ministériels. Nous devons viser la majorité législative et la présidentielle.

- Faire de la politique autrement : Avoir un type d’organisation qui permet l’expression et le respect de la parole de tous (et pas seulement des verts).

- Avoir des alliés, faire des compromis (sans compromission) avec eux. De fait la seule alliance qui peut se faire aujourd’hui, c’est avec le PS et le Front de gauche. Ce n’est pas un problème si nous ne sommes pas inféodés à l’étiquette « de gauche » et si nous ne nous faisons pas « rouler dans la farine » par le PS (très fort pour réduire à peau de chagrin ses alliés-cf. PC-). Attention au muselage par les fonctions électives (cf. la aussi le PC) : pour préserver sa réélection et son travail d’élu « professionnel », on peut-être tenté de faire des compromissions.

Ne pas définir trop tôt notre candidat-te à la présidentielle. Il y a un vrai problème, c’est qu’on ne peut pas arriver à percer dans une organisation et dans les médias, si on a pas une grande gueule avec un gros ego. Si ma conviction d’aujourd’hui est que Corinne Lepage ferait une excellente candidate, l’avantage de Dany CB, c’est de n’avoir pour le moment ni ambition ni possibilité (il est de nationalité allemande) présidentielle.

Il me parait donc pour le moment le mieux placé pour être le porte parole de cette nouvelle organisation politique qui nous rassemblerait tous.

Participer aux primaires à gauche ?: Pour le moment je ne le sens pas, nous ne sommes pas assez identifiés, pas encore unis, pas assez structurés. C’est trop tôt, on va se faire bouffer par le PS. En tout cas, ne pas le faire si c’est juste pour « participer ». Mais bon je m’interroge encore sur cette question.

Voilà chère lectrice, cher lecteur quelques réflexions sur la période en cours, à laquelle je souhaite pouvoir participer de mon mieux. J’arrive avec un point de vue, mais il n’est pas figé. Nous aurons à trouver ensemble le fond et la forme qui nous rassemblent.

Fraternellement,

Dominique Gaillard

2 commentaires

  1. [...] Ce billet était mentionné sur Twitter par Nessy Lupino, Cédric. Cédric a dit: Réponse à l’appel du 22 mars 2010, éléments de réflexion pour #CAP21, #TerreDemocrate et #EuropeEcologie #avEEnir http://bit.ly/aHzayp [...]

  2. adrien dit :

    Bonjour,

    Je réagis à quelques de vos remarques et propositions:
    > « polluer comme Total »: en effet, les entreprises ont des responsabilités à prendre, et c’est au politique de lui imposer des régles, car la Responsabilité Sociale des Entreprises ne suffit pas. En revanche, si Total pollue, c’est aussi qu’il y a une Demande: il en faut du pétrole pour voyager discount, ce que personne (ou presque) ne se refuse dès qu’il en a les moyens.
    Il faut donc agir sur l’Offre et la Demande (en « décolonisant l’imaginaire », comme dirait Serge Latouche).

    > »partager les richesses »: il faudra aussi prendre une position sur le foncier/l’immobilier, avec des limites dans la concentration d’un patrimoine par un particulier ou une SCI d’ailleurs. Mais laquelle ? Quel est le patrimoine de nos dirigeants: ne sont-ils pas majoritairement riches avant d’être de droite ou de gauche?
    Parler aussi d’un revenu maximal, mais lequel? (fonction d’études, de prise de risques entreprenariaux,…)

    Je suis d’accord également pour s’exprimer davantage et clairement sur les sujets difficiles: laïcité, immigration/sans-papiers, armée/géopolitique, etc

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