La politique de la réalité

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Nous faisons de la politique pour améliorer la réalité des gens. Pour comprendre et décrire le monde réel, on n’a encore rien trouvé de mieux que la science. L’intégration de notre connaissance scientifique, historique, sociologique et psychologique du monde qui nous entoure devrait être le point de départ de nos politiques, pour ne pas perdre de temps ou d’énergie avec des méthodes dont l’étude a rejeté les vertus imaginaires. C’est également un moyen de nous démarquer de ceux qui réécrivent l’histoire et manipulent à leur gré les chiffres.

C’est une question d’honnêteté. Tout comme nous luttons contre la corruption pour des raisons morales, nous n’avons pas le droit de céder à la démagogie pour caresser dans le sens du poil les tenants de méthodes souvent inutiles et parfois néfastes. Qu’il s’agisse d’astrologie, de l’efficacité des caméras de surveillance pour l’aide à la résolution des délits, des médecines « alternatives », ou d’un réchauffement global entièrement naturel (pour ne citer que quelques exemples), ces idées qui ont été testées et ont clairement échoué à l’épreuve de la réalité ont encore des partisans tenaces. Mais renier la réalité, c’est tromper les électeurs et les administrés qui nous ont donné leur confiance. C’est se condamner à échouer dans nos politiques publiques, à dilapider l’argent des contribuables et du coup à les priver de ce dont ils ont besoin.

Même s’il nous reste beaucoup à apprendre sur le monde, il y a également un nombre important de domaines dans lesquels nous savons ce qui fonctionne (et comment) et ce qui, au contraire, n’a pas d’effet. L’écologie politique est née le jour où nous avons regardé en face la réalité et ses conséquences, en nous appuyant sur des études scientifiques rigoureuses, et en décidant d’adapter nos politiques publiques au monde réel.

C’est pour cela aussi qu’il faut soutenir la recherche dans tous les domaines, et améliorer la formation scientifique du public. Des citoyens qui comprennent comment la méthode scientifique fonctionne, comment on arrive à un résultat fiable, quelle est la place de l’erreur et de la vérification, ce sont des gens qui seront protégés contre les escroqueries et les mystifications en tout genre. C’est faire un pari sur l’intelligence du public. Jusqu’ici, ça ne nous a pas trop mal réussi.

Agnès Dettai
Ile de France

7 commentaires

  1. Michel Drevet dit :

    Combien je suis d’accord!
    Et combien les richesses mises en partage par la science, leur mises en réserve a provoqué leur paradoxal rejet.
    Puisse faire l’éducation, mieux que trier, éduquer tout simplement…

  2. Laurent dit :

    Bon, passe sur l’équation science=réalité… Mais croire que la science va trancher les débats politiques, là c’est un peu gros. A quand le retour de la futurologie ?

  3. Gaël Lancelot dit :

    Quand il s’agit de choisir entre financer quelque chose qui marche et quelque chose qui ne marche pas, la science aide. Quand il s’agit d’identifier les gros problèmes à résoudre (au hasard, je ne sais pas, le changement climatique, par exemple), la science aide. Quand il s’agit d’aménager un territoire sans ruiner ses capacités de croissance ultérieure (le développement durable, quoi), la science aide.

    Dans tous ces cas-là, choisir la réalité est la meilleure chose à faire. Donc oui, la science peut trancher des débats politiques. Pas tous, évidemment, mais nettement plus qu’écouter les gourous.

  4. Laurent dit :

    Alors l’alternative c’est gourou/technocrate ? Merde alors.
    Dénoncer le populisme, c’est bien, mais ça cache souvent une incapacité à dépasser la crise de la démocratie.
    On peut avoir raison scientifiquement, « bien penser » et complètement se planter politiquement. Ce qui me tracasse, c’est une certaine tendance autoritariste au sein du mouvement écolo. Une écologie anti-démocratique est-elle possible ?

  5. Michel Drevet dit :

    L’alternative c’est pas à pas mener des décisions politiques, convoquer autant que possible la connaissance pour le faire, tenter éviter de se planter.

    Si le populisme dépasse la démocratie, c’est parce qu’une quelconque activité politique a aidé au mouvement?
    Celle de gourous, celle de technocrates, …celle de l’autruche, celle du sable?
    L’éducation comme édification doit rester en partage pour éviter que certains constats questionnent de telle façon.

    La recherche est bien sûr une branche vitale à l’éducation, l’expertise ne fait pas le gourou, c’est le goût sectaire qui bien plutôt entraine apparition des gourous.

    S’il suffisait pour dépasser la crise d’avoir la solution en quelque magasin, plus besoin d’avoir à éprouver des choix contradictoires.!
    Mais bon, l’autorité comme fait d’auteur engage les choix d’auteur,…et la co-autorité autant que cela pourrait, comme l’idée de « coopérative » politique le suggère.

  6. Agnès Dettai dit :

    Il y a une différence entre se baser au mieux sur ce que nous savons, et lancer un processus de décision automatique (qui n’existe que dans les fantasmes de certains). On n’en est même pas, la plupart de temps, à faire appel aux connaissances disponibles.

    D’autre part, il ne s’agit pas d’appliquer un quelconque argument d’autorité, bien au contraire. La manière dont les données, les analyses, et les connaissances s’assemblent au fil du temps pour former un corpus de connaissance tient bien plus du coopératif que les vieux mythes de l’inventeur de génie, solitaire dans sa tour d’ivoire. L’histoire des sciences a mis au jour le fait que les connaissances scientifiques ne sont justement pas le fait de technocrates, mais d’entreprises collectives de définition du réel.

    La crise de la démocratie (ou disons la crise de confiance), elle intervient justement parce que les gens ne comprennent plus ce qu’est la science, et comment on obtient un résultat scientifique. Les médias ont tellement saturé l’espace conceptuel que chacun pense avoir droit à sa propre réalité (et pour voir jusqu’où ca mêne, je recommande http://en.wikipedia.org/wiki/Reality-based_community et en particulier le lien avec l’article de Suskind). Du coup, la méfiance s’installe partout, et c’est la démocratie qui en pâtit.

    On peut se baser sur la science sans exclure les citoyens, surtout des citoyens éduqués et capable de juger par eux-mêmes.

  7. Tengmalm dit :

    Je lis plus haut : « Des citoyens qui comprennent comment la méthode scientifique fonctionne, comment on arrive à un résultat fiable, quelle est la place de l’erreur et de la vérification, ce sont des gens qui seront protégés contre les escroqueries et les mystifications en tout genre. »… De quelle « science » parle-t-on ? Des mathématiques (dont les spécialistes ont inventé les calculs qui gèrent actuellement la finance folle ?) ? De la physique, de la chimie, des sciences « naturelles » ? Des sciences humaines : s’il suffisait d’appliquer les théories économiques pour résoudre les problèmes (ça c’est déjà fait) cela se saurait ! Imaginons-nous de gérer la biodiversité avec les seules connaissances de la biologie évolutive ? Alors on n’est pas prêts de s’y mettre. Si « la science » suffisait à conduire un projet politique on serait encore en plein positivisme. Mais dans la vie réelle, la décision est prise avec une part d’information « vérifiée » (si possible) et une part d’incertitude, une part de rationnel, une part de symbolique, un peu de gages donnés ici pour obtenir autre chose etc. D’ailleurs si vous avez élevé des enfants, vous connaissez ça…

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